2 décembre : sacre de Napoléon 1er en 1804, bicentenaire fêté en petite pompe... et victoire d’Austerlitz en 1805. De quelle manière ces hommes devenus soldats voyaient-ils la réalité et l’Europe ? En décembre 2004, l’histoire et le parcours de l’empereur ne laissent pas insensibles. La passion qui entoure les commémorations d’Austerlitz et/ou du sacr en témoigne et oblige à s’arrêter un instant sur ce pan de l’histoire européenne commune. Mais plus surprenant, c’est l’ombre d’un radar de l’Otan qui rôde sur le théâtre des combats...
La bataille
Le souvenir de Bonaparte
Les aigles
Un radar à Austerlitz ?
Le soleil se lève et des hommes se couchent
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. A Austerlitz, en une seule journée lors de la bataille des trois empereurs 15.000 soldats au minimum sont morts alors que 150.000 hommes ont combattu. Si les historiens se battent toujours pour analyser et expliquer les responsabilités de l’empereur, au moins sont-ils à peu près d’accord sur ce chiffre. Et cette année, comme les autres, 850 passionnés d’histoire militaire ont remis en image l’histoire le 27 novembre sur le pré même d’Austerlitz (En République tchèque). 199 ans après, au son des canons, venant de plus de dix pays d’Europe, citoyens et férus d’histoire ont revêtu armes et costumes d’époque pour rejouer la partition opposant troupes françaises aux alliés russes et autrichiens. Doté d’un sens inné et aigü de la mise en scène Napoléon allait remporter une de ses plus fameuses victoires le 2 décembre 1805 un an jour pour jour après son sacre à ... Notre-Dame.
Sans entrer dans le débat sur le pour et le contre de telles cérémonies, il est tout de même intéressant de voir que deux siècles plus tard, une si importante logistique se remet en place. Comme l’explique Miroslav Jandora, président du projet Austerlitz 2005, « nous avons un scénario minute par minute pour coller le plus près possible à la réalité. » Et, ironie de l’histoire, se sont des Tchèques qui jouent les Russes alors qu’aucune association française ne prend part aux commémorations. En face, des Belges, des Polonais ou des Allemands, particulièrement nombreux, forment le gros des troupes napoléoniennes.
Bonaparte, un génie ?
Parmi les participants se trouve Luigi Suttini, avocat italien et fantassin d’un jour, venu cette année pour la première fois aux cérémonies. Admirateur enthousiaste de Napoléon, il est ici par « amour de la patrie » car « avec Napoléon Ier, nous, les Italiens, avons eu pour la première fois la possibilité d’être réunis. Il nous a donné l’idée de la liberté. » Vu de l’extérieur, le parallèle entre les guerres napoléoniennes et la liberté peut sembler ténu voire osé mais pourtant, la réalité est bien là. Dans un supplément du journal Le Monde, Rémi Forycki, directeur scientifique de la bibliothèque polonaise de Paris et président du Souvenir napoléonien en Pologne, rappelle ainsi que « l’idée de génie de Bonaparte fut l’organisation au sein de son armée d’Italie d’une légion polonaise sous le commandement du général Dombrowski. » Alors que la Pologne n’existait plus au début des conquêtes de l’empereur, les victoires de l’armée impériale ont redonné aux soldats de cette légion l’espoir de voir leur patrie ressusciter.
Alors, simple barbarie ou véritables enjeux géopolitiques ? « Nous ne glorifions pas la guerre, comme certains nous le reprochent, nous rendons hommage à ceux qui ont fait le sacrifice ultime », analyse Luigi Suttini. Bien entendu, si l’on se place d’un point de vue anglais ou français, les versions diffèrent. Les premiers haïssant viscéralement le petit caporal alors que les seconds, consciemment ou non, ne peuvent occulter les traces de l’empire. Une telle prise de position qui fait dire à l’historien américain Steven Englund que si tous les ouvrages sur la bataille de Waterloo étaient traduits en italien, n’importe qui pourrait reconnaître dans les premières lignes s’il s’agit d’un ouvrage écrit par un historien anglais ou français.
Vol d’aigles
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Mais toutes ces énergies et ces débats actuels ne sont finalement que des amuse-bouches car les organisateurs préparent déjà le bicentenaire de la bataille qui aura lieu l’année prochaine. « Nous devrions avoir plus de 3.000 soldats sur le champ de bataille », prédit Miroslav Jandora avec la venue d’associations des Etats-Unis, de Nouvelle-Zélande et même de Chine. Bien entendu, l’office de tourisme de Slavkov/Austerlitz se frotte les mains devant cette manne économico-historique, même si les critiques liées à l’événement sont nombreuses. « Nous sommes conscients que ceci est un spectacle, alors qu’en réalité c’était un carnage », rappelle David Banks actuel président de l’European Napoleonic Society (Association napoléonienne européenne). Carnage ou pas, les périples de l’empereur ne laissent pas indifférents et la Central European Napoleonic Society organisera de son côté un événement commémoratif de la distribution des aigles (symboles impériaux donnés à l’armée, à la garde nationale, à la garde impériale et aux unités de la marine) organisée sur le Champs de Mars à Paris le 5 décembre 1804, trois jours après son sacre.
Et c’est peut-être là tout le symbole de ce drôle d’homme : se faire couronner dans une église comme empereur de la République et faire 15 ans de guerre en Europe célébrées par des reconstitutions deux siècles plus tard. Etrange et complexe histoire européenne...
Dans vos agendas :
La Central European Napoleonic Society organisera de son côté un événement commémoratif de la distribution des aigles (symboles impériaux donnés à l’armée, à la garde nationale, à la garde impériale et aux unités de la marine) organisée sur le Champs de Mars à Paris le 5 décembre 1804, trois jours après son sacre.
En savoir plus :
2 décembre : la date est aussi souvent associée au La [Fondation Napoléon-> http://www.napoleon.org" class="spip_out">coup d’état en 1851 de Louis Napoléon Bonaparte. Tout sur l’empereur : les dates, les symboles, les ouvrages et même des recettes de cuisine de l’empire.
Memo : Un radar à Austerlitz ?
Le 2/12/1805, un an jour pour jour après le sacre, la victoire d’Austerlitz - sur le site Hétérodote.net.
Bicentenaire de la bataille d’Austerlitz en 2005. Le projet Austerlitz 2005 et un certain nombre d’actions qui ponctueront l’année, notamment dans l’idée d’« entretenir la conscience historique en liant les particularités locales au développement de l’histoire occidentale, et ce dans le cadre de la construction européenne. »
La polémique : l’OTAN envisagerait de construire un radar sur la plateau de Pratzen sur la zone historique du champ de la bataille d’Austerlitz, à proximité du Monument de la Paix.
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