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Paroles d’Européens L’héritage culturel turc est enraciné en Europe
15/12/2004 • 00h00
Le 6 décembre, vous ne l’avez sans doute pas remarqué, sauf si vous vous appelez Nicolas, c’était le Jour de la Saint-Nicolas. Que vient faire cet évêque né en Asie Mineure dans une chronique européenne ? Par Jean-Marie Steinlein, rédacteur en chef du magazine de la mobilité internationale, « Vivre à l’étranger » et co-fondateur du blogzine Europeus, qui regroupe des journalistes, des politiques, des écrivains et des chercheurs. Comment se fait-il que Saint-Nicolas ait été vénéré dans toute l’Europe jusqu’à devenir le saint patron de la Lorraine ? Avec plusieurs casquettes - ou plutôt plusieurs mitres - , il est le patron des navigateurs... et des enfants. Même s’il a été détrôné au profit du Père Noël, on le fête aujourd’hui encore dans de nombreux pays, en Grèce, en Italie, en Suisse, dans les Flandres, en Belgique, aux Pays-Bas, en Autriche, et en Alsace-Lorraine... Voici donc un Saint européen venu de la Turquie... cet Etat dont personne ne s’accorde aujourd’hui à dire s’il peut ou non faire partie de l’Union ! Rassurez-vous, je ne vais pas parler de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Je préfère vous raconter « mon » histoire avec ce Saint. J’avais quatre ans, j’étais venu passer quelques jours chez ma grand-mère dans un village vosgien, du côté du Donon. Je n’avais jamais entendu parler de Saint Nicolas ni de ce Père Fouettard qui l’accompagnait dans la nuit du 5 au 6 décembre. Les enfants du quartier s’étaient réunis dans la seule pièce chaude de la maison pour attendre sa venue. Aujourd’hui, je serais bien incapable de vous dire comment était vêtu Saint Nicolas, en revanche j’ai un souvenir très précis du Père Fouettard, de sa hotte remplie de verges et de fouets, et son image est restée longtemps gravée dans ma mémoire. Était-ce parce qu’il m’avait dépossédé de ma toupie, une superbe toupie qui émettait le son de sirène quand elle tournait. J’ai su plus tard que la responsable de cet acte barbare n’était autre que ma grand-mère qui lui avait confié que je n’avais pas été obéissant et qu’il fallait me punir de cette façon. Le lendemain, la bourrique qui accompagnait Saint Nicolas finissait de me traumatiser pour des années : son apparition derrière les vitres de la porte de la cuisine m’avait terrorisé à un tel point que longtemps, je ne quittai plus ma mère, la suivant partout et lui tenant la jupe. Ce souvenir lorrain allait se répéter une seconde fois, cinquante ans plus tard... en Autriche, dans la région de Salzbourg, où j’allais revivre la même scène : Saint Nicolas, accompagné de personnages diaboliques et malfaisants, les Krampus, venait rendre visite dans chaque maison aux enfants tremblant de peur. Le Saint posait des questions sur le catéchisme et les forces maléfiques cornues et poilues tentaient de forcer la porte ou de passer par les fenêtres. D’autres étranges créatures rôdaient : la Mort, des Hommes de paille, des animaux, tout un bestiaire inquiétant qui finissait par rentrer en force, à faire irruption dans la pièce, renverser chaises, bibelots et table devant les enfants terrorisés. Je n’avais pas besoin de cette catharsis pour chasser ce traumatisme de jeunesse, mais j’étais heureux de le vivre une seconde fois. Un retour à l’enfance. Dans un autre pays, mais dans la même Europe. Je me suis souvent demandé si mon intérêt pour le masque et les coutumes européennes, ce besoin d’aller d’un pays à l’autre à la recherche des traditions n’était pas né à un moment bien précis, dans la nuit du 5 au 6 décembre, dans un village vosgien, le jour de la Saint-Nicolas.
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