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Courrier européen L’adhésion de la Turquie : "le projet du siècle" ?
16/12/2004 • 00h00
A l’approche d’une réunion cruciale des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne (UE) sur l’ouverture de négotiations d’adhésion avec Ankara, les 16 et 17 décembre 2004 à Bruxelles, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a accordé une interview au quotidien britannique The Independent. Erdogan "sait que son plus gros atout est qu’un refus de l’UE enverrait un signal négatif au monde islamique, ce que l’Europe veut absolument éviter", commente le journal londonien proeuropéen. Dans la même veine, le chef du gouvernement turc défend une vision géopolitique stratégique : "La Turquie est le catalyseur qui démontrera l’harmonie des civilisations. C’est un pont entre le monde musulman et le reste du monde." Une thèse qui va à l’encontre de la théorie du choc des civilisations avancée par l’Américain Samuel Huntington. Compte tenu de ce rôle de pont, "nous pensons qu’il s’agit du projet du siècle, poursuit Erdogan. Nous faisons figure de garantie d’une entente entre les civilisations. Les pays qui veulent nous exclure de l’Europe ne jouent pas leur rôle dans l’histoire." D’après The Independent, les opinions publiques allemande, française et autrichienne se montrent hostiles à l’adhésion de la Turquie. Erdogan fait preuve de davantage de fermeté pour dénoncer d’éventuelles garde-fous imposés exceptionnellement par l’UE dans le processus de négociations avec la Turquie. "Nous considérons quatre choses comme importantes, souligne-t-il. Premièrement, que les négociations d’adhésion soient ouvertes sans conditions ; deuxièmement, que nous obtenions une date précise fixant le début des pourparlers sans attendre une prochaine réunion ; les troisième et quatrième points vont de pair : aucun critère politique qui ne fait pas partie de ceux dits de Copenhague [concernant les droits de l’homme] ne doit être exigé de la Turquie." Le Premier ministre turc précise sa pensée : "Les négociations ne doivent pas imposer de contraintes permanentes à la Turquie, notamment en matière de libre-circulation des travailleurs ou sur la reconnaissance de Chypre. Il peut nous être imposé des contraintes temporaires, mais la législation européenne interdit les contraintes permanentes." Cependant, au-delà de cette rhétorique intransigeante, The Independent pense qu’"Ankara est prêt à accepter certains compromis" à propos de Chypre et de la réversibilité des négociations. L’adhésion de la Turquie pourrait prendre au moins une dizaine d’années, note le quotidien. Et à ceux, comme l’ancien président français et président de la Convention européenne pour la Constitution, Valéry Giscard d’Estaing, qui affirme que la Turquie n’est pas majoritairement en Europe, le Premier ministre Erdogan répond sous forme de boutade : "Lors des derniers jours de l’Empire ottoman, la Turquie était surnommée l’homme malade de l’Europe, mais jamais l’homme malade de l’Asie. Nous étions Européens, même dans les pires moments !"
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