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Le monde musulman n’a cure de l’adhésion turque
Par Franck Biancheri (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
14/12/2004 • 00h00
Contrairement à ce que répètent, à court d’arguments, les promoteurs de l’entrée de la Turquie dans l’UE, une telle décision n’améliorerait en rien les relations entre l’UE et le monde musulman, ou entre l’UE et l’Islam. Au contraire, elle ne ferait que les dégrader.

Franck Biancheri est directeur des études et de la stratégie du think tank Europe 2020.

La seule perspective d’entrée de la Turquie dans l’UE va déjà accélérer la montée en puissance des partis populistes et xénophobes dans tous nos pays. Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour déduire d’une telle évolution qu’elle ne fera que renforcer les tendances anti-musulmanes dans de nombreux secteurs de la société européenne, voire dans les gouvernements européens eux-mêmes. Ajoutons à cela un immense mensonge que débite à longueur d’articles ou de conférences les promoteurs de l’entrée de la Turquie dans l’UE : une telle décision "améliorerait les relations entre l’UE et le monde musulman".

En apparence, cela semble d’une logique imparable : l’UE qui rassemble des pays de tradition chrétienne s’ouvre à un pays de tradition musulmane et prouve ainsi au monde musulman qu’il est ouvert à d’autres religions. "Et alors ?", serais-je tenté de dire, "Cela prouve quoi ? et à qui exactement ?". D’une part, l’UE ne se définit pas par rapport à une identité religieuse. Et je ne vois pas pourquoi nous devrions accepter le premier postulat que nous serions perçu comme un « club chrétien ». Ce n’est pas le cas ; et si d’autres se plaisent à le penser, à nous de leur expliquer qu’ils ont tort ; et non pas à nous de prouver qu’ils ont tort. Nous n’avons rien à prouver en la matière.

D’autre part, qui dans le monde musulman a réclamé une telle preuve ? J’aimerais que l’une de nos chères « belles consciences » qui rêve l’UE comme un pont entre les civilisations, me dise quel musulman (autre que Turc bien sûr) a demandé à l’UE de prendre la Turquie pour prouver que nous n’étions pas une entité anti-islamique ? Car cet argument est répété à longueur d’articles sous la plume de personnalités bien européennes, qui semblent s’être désormais faites les porte-paroles autoproclamés de la « masse musulmane » comme ils le firent hier pour les « masses populaires ».

Pour ma part, bien que connaissant le monde musulman depuis de nombreuses années, je n’en ai jamais rencontré aucun. Pire, j’ai même appris une chose au cours de mes pérégrinations dans le monde arabe : les Arabes n’aiment pas du tout les Turcs (qui le leur rendent bien) suite aux siècles de domination de l’empire ottoman. En fait, les autres musulmans se moquent complètement de la question de l’entrée de la Turquie dans l’UE. Au contraire, beaucoup de musulmans, et notamment dans le monde arabe, verraient même d’un très mauvais œil cette expansion de l’UE, qui restera à leurs yeux un club chrétien, avec en plus un mercenaire musulman, la Turquie.

Bien entendu, comme aucun argument factuel ne justifie une accession prochaine de la Turquie à l’UE, ses promoteurs en sont réduits à utiliser des justifications de plus en plus aberrantes. La prochaine explication surréaliste pourrait être, par exemple, que l’adhésion de la Turquie nous donnera les ressources humaines nécessaires pour aller exploiter les richesses de Sibérie et empêcher les Chinois de faire main basse dessus d’ici quelques décennies. Vous souriez ? Vous avez tort ; c’est ce que Michel Rocard, ardent promoteur de l’entrée de la Turquie dans l’UE, a expliqué devant moi aux électeurs du Grand Sud Est lors d’un meeting à Lyon avant les dernières élections européennes.

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