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Les uns, corruptibles, et les autres
Par Charles Bobe (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
16/12/2004 • 20h47
Les opinions publiques mondiales évaluent la fiabilité de leurs systèmes nationaux au jeu de "qui est le plus corrompu" ? Petit tour d’Europe...
De vrais lingots, pas du chocolat © DR iutc3.unicaen.fr
La Banque mondiale estime à 1.000 milliards de dollars le coût de la corruption dans le monde, selon des données économiques 2001-2002. Un coût énorme, mais approximatif, compte tenu de la difficulté à recueillir ce genre de « chiffre noir. » C’est pourquoi l’ONG Transparency International tente de déterminer l’impact de la corruption sur les populations de différents pays grâce au « baromètre mondial de la corruption ». Ce sondage mondial (64 pays, plus de 50 000 personnes interrogées) réalisé entre juillet et septembre 2004 « mesure les perceptions, les attentes et les expériences du grand public face à la corruption. » Même s’il faut rester prudent concernant les résultats, le baromètre donne une idée de la manière dont est vécue la corruption dans 64 pays, et notamment dans les pays de la zone Europe. En effet, sur les 64 pays sondés, 17 sont membres de l’Union européenne, deux le seront en 2007 (Roumanie et Bulgarie), deux autres sont membres de l‘Association Européenne de Libre Echange (Suisse et Norvège) et un dernier, la Turquie, attend de savoir si oui ou non des négociations seront ouvertes pour son éventuelle intégration. L’occasion de faire un petit tour d’horizon européen de la perception de la corruption. Mauvaise côte pour les partis politiques De loin, les partis politiques sont considérés par les personnes interrogées comme étant le secteur le plus touché par la corruption : 36 des 62 pays sondés les placent en première position, suivis de près par le pouvoir législatif (parlement), la police et le système juridique. C’est ce que le rapport appelle la « grande corruption », à savoir celle présente au plus haut niveau de l’Etat, par opposition à la « petite corruption » (ordinaire et administrative). Pour les pays d’Europe occidentale, « la perception de la grande corruption est beaucoup plus négative, avec une moyenne régionale de 44%, contre seulement 29% pour la petite corruption. » Si le Danemark, le Luxembourg la Finlande et la Norvège ne semblent pas trop préoccupés, en revanche la France, l’Italie, la Grèce, le Portugal et l’Espagne font exception puisque « plus de la moitié des personnes interrogées ont répondu que la grande corruption était un problème très important », précise le rapport. Ces mêmes pays font partie de ceux qui considèrent que « la corruption affecte beaucoup la vie politique. » Corinne Lepage, ancien ministre de l’environnement et administrateur de T.I. France rappelle que « la situation est paradoxale en Europe, et notamment en France, où personne ne déclare avoir payé de pots-de-vin, mais où les partis politiques sont considérés comme très corrompus. Cela montre clairement qu’il y a une défiance de al société civile envers ses représentants politiques. » On peut donc s’interroger sur cette perception particulièrement négative. L’ancien ministre répond que « népotisme et copinage se portent bien en France. On a du mal à avancer sur d’autres problèmes que le financement des partis politiques stricto sensu. Ce qui pose à terme un problème de crédibilité international. » Du côté de l’Europe Centrale et Orientale, « plus de la moitié des répondants de (...) Bulgarie, de République Tchèque, de Lettonie, de Lituanie, de Pologne, de Roumanie et d’Ukraine » ont également estimé que la corruption avait un impact important sur la vie politique, selon le rapport. Famille et business En matière de vie personnelle et familiale, la majeure partie des pays d’Europe occidentale considère que la corruption n’affecte pas ce pan de leur existence, exception faite de la Grèce et du Portugal, où,, pour plus d’une personne sur trois, « la corruption affecte moyennement ou beaucoup leur vie personnelle et familiale. » Côté business, l’Allemagne et l’Autriche se montrent peu inquiets. Mais une fois encore, près de la moitié des personnes interrogées en Grèce et en Italie « estiment que la corruption affectent fortement la vie des affaires. » Il en est de même pour la Pologne et la Turquie. Les autres secteurs Les médias ont mauvaise réputation dans un certain nombre de pays. Ils ont en effet « été classés parmi les trois premiers secteurs perçus comme les plus affectés par la corruption dans un certain nombre de pays d’Europe Occidentale tels que l’Autriche, le Danemark, l’Espagne, la Finlande, la France, l’Islande, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-bas, le Royaume-Uni et la Suisse. » Rien que ça ! Au Danemark par exemple, les sondés considèrent que les deux secteurs les plus touchés, à égalité, sont les partis politiques et les médias. Pareil aux Pays-Bas. En revanche, en Grèce, ce sont les service médicaux qui s’adjugent la plus mauvaise note (4 sur 5). Au Portugal, le secteur privé fait le même pitoyable score que les services fiscaux. En Lituanie, c’est le service des douanes qui est montré du doigt. Tous ces chiffres ont à prendre avec des pincettes, puisque le baromètre de Transparency international reste un sondage d’opinion, avec des marges d’erreurs inhérentes à de telles opérations. Mais comme le rappelle Corinne Lepage, « personne ne donne ses indices de corruption et de trafic d’influence. Nous sommes obligés de travailler avec ce que l’on a à disposition. » [+] NET Le site de Transparency International pour télécharger le rapport complet. A voir absolument Convention des Nations Unies contre la Corruption , signée en décembre 2003 à Mérida au Mexique. Le site de la Banque mondiale, instrument international de lutte contre la corruption.
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