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Par Anna-Maria Conte (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
16/12/2004 • 23h12
Existe-t-il une spécificité culturelle de l’Europe, un dénominateur commun des cultures, quel est leur rôle dans la construction de l’Europe ?

Le 8 décembre, des personnalités « européennes » se sont posé ces questions au cours d’une table ronde organisé par le Centre culturel tchèque à Paris.

La Turquie s’invite encore aux débats

La présence de Nedim Gürsel, écrivain turc « de Paris », fervent partisan de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, a introduit l’actualité. Les arguments sont connus. « Ayant subi la censure dans mon pays à une époque relativement récente, je pense que l’appartenance à l’Europe apporterait une garantie à la démocratie et à la liberté d’expression. La Turquie est héritière d’un empire multinational et pluriethnique. En effet, l’Empire, à l’intérieur duquel coexistaient plusieurs nations, a directement précédé la fondation, en 1923, de la République de Turquie ». La polémique est lancée. Aux détracteurs de ce nouvel élargissement de l’Union qui défendent la théorie de la non-appartenance de la Turquie à la tradition culturelle judéo-chrétienne, le philosophe Jean-Pierre Fay rappelle que la première région christianisée se trouve actuellement en Anatolie. « La culture hittite sur laquelle se calque la Grecque s’est développée au cœur du territoire turc », ajoute-t-il. En conséquence, « l’Histoire » ne peut pas être la base exclusive pour forger une définition de la « culture européenne ». Fermez les bans. Question suivante ?

A la recherche de l’identité européenne

Evidemment, le processus d’agrandissement est un nouvel élément de controverse. L’Europe a bien une vocation universelle mais où sont ses limites ? Michel Aucouturier, expert des littératures slaves, aborde le sujet avec une distinction entre culture et géopolitique. « Sous l’angle de la culture la Russie appartient à l’Europe alors que sous l’angle de la géopolitique elle ne l’est pas ». L’éclaircie peut donc arriver d’une séparation entre une « culture européenne » dont la seule définition possible est l’histoire et une « culture de l’Europe », qui prévoit la pluralité.

L’identité s’établit par opposition. « Nous avons tous l’expérience de ce sentiment européen en Amérique du Nord ou du Sud. Les différences qui nous éloignent dans les pays de l’Union deviennent à l’improviste le commun dénominateur qui nous unit par contraste avec l’autre. », affirme Antonin Liehm. Autrement dit, la grande richesse de L’Europe réside dans ses langues et ses cultures, dans la diversité culturelle. On le sent encore davantage hors d’Europe. Alors, question : se sent-on européen quand on se promène à Istanbul ?

Politique culturelle : où es-tu ?

« La politique culturelle de l’Union est pratiquement inexistante.. Seulement 0,03% du budget lui est consacré, essentiellement pour le financement des programmes, qui favorisent l’échange entre les cultures nationales. Il manque dans l’Union, une structure représentant la culture, car il en manque une définition. A l’heure actuelle, il est impossible de parler de culture européenne, il vaudrait mieux dire Europe des cultures », résume Pamela Sticht, écrivain, auteur du livre « Culture européenne ou l’Europe des cultures ? ». En conclusion, si l’Europe n’a pas encore trouvé une définition de sa culture, ce débat auquel d’autres intellectuels ont participé (Pierre Nora, membre de l’Académie française et historien, Antoine Marès, historien, professeur à la Sorbonne, Philippe Videlier, historien et Jack Ralite, sénateur) a montré au moins que les « Européens » refusent le melting pot.

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