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Point de vue Vague à l’âme
Par José-Manuel Lamarque (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
18/01/2005 • 16h16
Que tirer comme enseignement de la catastrophe du tsunami asiatique ? Que penser de cette course au plus charitable ? Tout d’abord il s’agit d’un élément imprévisible qui prouve une fois de plus que la nature est supérieure à l’homme, même si les avancées technologiques nous confortent souvent dans les principes de précaution et autres réflexes mentaux automatisés par notre progrès. Ensuite, sur l’énorme communication faite aujourd’hui, tant au niveau de l’explication des causes, que du rapatriement des blessés, du recensement des victimes et des actions humanitaires, on assiste à une « guerre » des communiqués sur les moyens développés : telle puissance serait moins généreuse que telle autre... Au niveau européen, c’est le bureau humanitaire de l’Union européenne Echo qui a été déployé, aide aux sinistrés par des fonds d’urgence, partenariat avec des ONG afin de faciliter des communications téléphoniques entre les sinistrés et leurs familles... Au-delà d’Echo, on note que l’harmonisation européenne de crise en est à ses balbutiements, les Etats membres font de leur côté et Echo du sien... Mais en dehors de la formidable machine d’aide internationale, je me pose beaucoup de questions face à ce phénomène qui m’ayant choqué me met aujourd’hui très mal à l’aise... Le monde dit « civilisé » aurait-il déployé autant de moyens s’il n’y avait pas eu de touristes occidentaux dans cette zone ?... Et qui plus est à revenus élevés... L’industrie du tourisme n’est-elle pas quelque peu responsable aussi des conséquences de cette tragédie ? A force de vanter des séjours de rêves sous les cocotiers, n’en est-on pas arrivé à laisser se développer une industrie dans ces pays où les moindres structures de préventions ont été ignorées, hôtel en bord de mer ( les fameux dépliants vantant les vacances pieds dans l’eau), la course au profit qui fait fit de la moindre mise en garde quant aux risques éventuels... Où êtes vous principes de précautions si chers à l’occident... Nous sommes confrontés au « tout vendre », coûte que coûte, c’est le cas de le dire... Et puis, quand nos chaînes de télévision nous offrent ces images de peur, qui côtoient les nouveaux touristes venus passer leur semaine sur les mêmes lieux du drame... On imagine leur arrivée dans des aéroports bondés par les secours, et l’accueil par des personnels hôteliers choqués... ne valait-il pas mieux annuler ce séjour de rêve, ne serait-ce que par respect des victimes... ? Et que dire de l’absence de couverture médiatique des victimes africaines du tsunami ? Enfin, cet élan de générosité en pleine trêve des confiseurs, d’où vient-il ?... Par solidarité pour toutes les victimes, parce que cette période est propice à penser à son prochain, parce que l’entourage proche est touché, par réflexe communautaire, voir communautariste ? Pourrait-on se demander où va notre société aux angles droits adoucis, à la prévention établie en dogme, aux habitudes de prise en charge automatisées... « Qu’une maison brûle, il vaut mieux attendre les secours quand on ne sait pas faire !... » Ne sommes nous pas conditionnés, même face à l’horreur... L’élan de générosité est remarquable, mais ne devons nous pas aller un peu plus loin, retrouver notre libre arbitre, organiser dans notre propre cercle un début d’action humanitaire, ou simplement en parler et aller au-delà, quand notre société commence vraiment à manquer... de philosophes... Quand donc vacances ne rimeront-elles plus avec insouciance ?... Je sais qu’il est facile de gloser sur tel ou tel événement, mais ce dernier ne m’est pas étranger, parce que nous avons dépassé le seuil de l’intolérable, parce que le monde est toujours divisé entre riches et pauvres, et que les riches débarquent encore et toujours sur ces plages dites paradisiaques, visitées dernièrement par l’enfer... Qu’auront-ils à photographier ces « fraîchement débarqués » ?... rien ou l’horreur ?... Plus de petits villages de pêcheurs typiques, plus de charmantes populations autochtones, hélas, plus de magasins de souvenirs... Rien à ramener, si ce n’est une petite goutte de dégoût au fond de la gorge, d’être ce que nous sommes, nous qui n’avons pas trop évolué... Rassurons nous, tandis que sur la côte d’Azur, on évoque un jour, probablement, les ravages d’un tsunami méditerranéen, les immeubles et hôtels de Monaco sont anti-sismiques, eux !... On respire !...
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