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Géopolitique de l’Europe
Où sont les Européens de demain ?
20/01/2005 • 00h00
L’intégration de dix nouveaux Etats membres résout-elle la faible dynamique démographique de l’espace communautaire ?

L’analyse de Pierre Verluise, directeur de la revue géopolitique en ligne Diploweb.

Des démographes ont depuis longtemps tiré la sonnette d’alarme, attirant l’attention sur les multiples incidences d’un faible accroissement naturel dans l’Union européenne. Certes, il n’existe pas une relation mécanique entre population et puissance. La démographique n’est qu’un paramètre, en synergie avec d’autres, de la puissance. En outre, plus que le nombre, c’est la dynamique qui importe. Alors, l’intégration de dix nouveaux Etats membres résout-elle la faible dynamique démographique de l’espace communautaire ?

La population des dix nouveaux pays, estimée au 1er janvier 2004 à 74,1 millions d’habitants, vient s’ajouter aux 380,8 millions d’habitants de l’UE15 à cette même date. Ce qui porte les effectifs estimés de l’espace européen à 25 à 454,9 millions d’habitants au 1er janvier 2004. Pour autant, ces pays se caractérisent-ils par un fort accroissement naturel ?

Considérons ici l’échelle régionale. Pourquoi ? Si l’UE25 est une réalité, il se cache derrière ce singulier une grande hétérogénéité. En règle générale, les différences entre les individus d’une population statistique s’estompent lorsque les individus correspondent à des entités de plus en plus importantes.

La publication d’Eurostat Régions : Annuaire statistique 2003 présente de nombreuses données. Etudions successivement l’évolution totale de la population et la composante de l’accroissement de la population. Nous désignerons les pays en fonction de leur statut au moment de la collecte des données. Ce qui justifie l’usage des concepts de candidat ou de pays en voie d’adhésion tant que les données ne concernent pas l’année de l’adhésion effective aux institutions communautaires.

L’évolution totale de la population

L’évolution de toute population dépend du nombre de naissances, du nombre de décès et du nombre de migrants. La différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès est appelée accroissement naturel.

L’ouvrage mentionné précédemment présente l’évolution totale de la population pour la période 1996-2000. Durant ces années, l’accroissement relatif de la population totale a été négatif dans 27% des régions de l’UE15 et dans 69% des régions des pays en voie d’adhésion. A l’échelle régionale, ces pays comptent donc 2,5 fois plus de régions inscrites dans une dynamique de dépopulation, les régions les plus orientales de la Slovaquie faisant exception. La Roumanie et la Bulgarie, annoncées pour 2007, affichent 14 régions sur 15 marquées par un accroissement relatif négatif de la population totale.

La composante de l’accroissement de la population.

En raison des faibles niveaux de fertilité, les migrations sont devenues le facteur décisif de l’augmentation - relativement lente - de la population de l’UE15. Ce facteur migratoire s’avère également important au niveau régional. En 1999, 92 régions sur 211 ont enregistré une croissance naturelle négative de la population mais du fait d’un solde migratoire positif, l’accroissement total n’a été négatif que dans la moitié de ces régions. Ce phénomène n’est pas constaté dans les douze pays candidats, probablement du fait d’une attractivité moindre. La Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie comptent une majorité de régions caractérisées par une diminution marquée de la population.

Quelles régions de l’UE15 connaissent une forte augmentation de la population ? On observe un accroissement naturel positif et une migration nette positive se soldant par une augmentation totale de la population supérieure à 7,5 pour 1000 dans des régions situées au Danemark, aux Pays-Bas, en Suède, en Finlande, et en Espagne. Dans les pays candidats, seulement 2 régions sur 55 s’inscrivent dans cette catégorie : en Pologne, Malopolskie, et en Roumanie, Nord-Est.

Du point de vue démographique, l’élargissement augmente le nombre et la proportion de régions communautaires en difficulté. Loin d’induire un regain, l’élargissement augmente le nombre de régions menacées par la dépopulation. Cela représente un immense défi pour les régions, les Etats et l’Union européenne.

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