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Notre histoire Bon anniversaire Gorbie !
3/02/2005 • 00h00
Son destin a changé le visage de l’Europe. En 1985, "glasnost, perestroïka, ouskorenie..." ont amené la fin de l’empire soviétique et la chute du mur de Berlin. Vingt ans après ses débuts au Kremlin, redécouvrons la carrière peu commune d’un homme qui a contribué à révolutionner la géopolitique de l’Europe. L’analyse de Pierre Verluise, directeur de la revue géopolitique en ligne Diploweb. Après avoir supervisé l’ensemble des services secrets soviétiques, Mikhaïl Gorbatchev devient, le 11 mars 1985, secrétaire général du Parti communiste d’Union soviétique. Il reste dans les mémoires attaché à deux mots russes : la « glasnost » et la « perestroïka ». En 1989, il laisse tomber le rideau de fer divisant l’Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le 8 décembre 1991, l’URSS disparaît suite à un coup d’État qui ne dit pas son nom, puis M. Gorbatchev sort de scène. Qui était cet homme ?
Gorbatchev et l’ancien président Prodi (Commission européenne) © photo CE
Mikhaïl Gorbatchev est né en Union soviétique le 2 mars 1931, dans la région de Stavropol, au sud de la république de Russie. Durant ses études, il participe à une troupe de théâtre. Puis il occupe la fonction de Premier secrétaire du comité régional du Parti communiste de la région de Stavropol de 1970 à 1978. En 1981, il devient membre suppléant du politburo du Parti communiste d’Union soviétique, puis membre titulaire l’année suivante. En 1982, M. Gorbatchev est nommé responsable des organes administratifs, une entité peu connue, supervisant l’ensemble des services secrets soviétiques, dont le comité pour la sécurité d’État (KGB) et le GRU (militaire). Il devient dans le même temps chargé de l’idéologie auprès du nouveau secrétaire général du Parti communiste, Youri Andropov. Ce dernier présidait précédemment le KGB. M. Gorbatchev est donc à la fois un homme du parti et des services secrets. Après la mort de Youri Andropov et l’élection de Konstantin Tchernenko au poste de secrétaire général du Parti communiste, M. Gorbatchev fait en 1984 une prestation remarquée par les médias lors d’une visite en Grande-Bretagne. Moche coup à Moscou Le 11 mars 1985 - voici vingt ans - le politburo désigne M. Gorbatchev comme secrétaire général du Parti communiste d’Union soviétique. Membre suppléant du politburo, Victor Tchebrikov, président du KGB, lui apporte son appui, selon Egor Ligatchev, personnage clé du Parti communiste (futur n°2). Entre 1985 et 1991, M. Gorbatchev déclare engager une réforme du système soviétique. Il fait connaître les mots russes de « glasnost » et « perestroïka ». Le 9 novembre 1989, M. Gorbatchev ne s’oppose ni à la chute du mur de Berlin, ni à la fin du rideau de fer séparant l’Europe de l’Ouest et l’Europe de l’Est. Il reçoit le Prix Nobel de la paix en 1990. Peut-être faut-il y voir un lien de cause à effet. En dépit des réformes annoncées, l’URSS manifeste des difficultés pour faire face à ses engagements financiers internationaux. Le 4 décembre 1991, l’Union soviétique cesse de rembourser sa dette extérieure. Le 8 décembre 1991, les présidents des républiques socialistes soviétiques de Russie, de Biélorussie et d’Ukraine réalisent un véritable coup d’État, selon l’historien Michel Heller. Ils signent la création d’une communauté des États indépendants (CEI). Ce qui porte un coup mortel à l’URSS. Le 25 décembre 1991, M. Gorbatchev démissionne de la présidence. Il laisse dans les mémoires deux mots russes qu’il faut maintenant définir. « Glasnost » et « perestroïka », transparence et accélération En 1985, la croissance économique est nulle lorsque que M. Gorbatchev entre au Kremlin. Que faire ? À l’image d’une personne qui se noie et voit passer une barque à proximité, il tente de s’accrocher à l’Europe de l’Ouest. Parfaitement informé des attentes des Occidentaux, il produit le discours attendu autour des concepts de « glasnost » et de « perestroïka ». Directeur de la rédaction de Le Monde, Daniel Vernet définit ainsi la glasnost : « Depuis que M. Gorbatchev est arrivé au pouvoir en 1985, l’image de l’Union soviétique s’est radicalement transformée. Foncièrement négative dans les dernières années du règne de Brejnev, assombrie par la chasse au dissident et l’invasion de l’Afghanistan, elle est redevenue positive, sinon radieuse. Il est parvenu à faire prendre les mots pour les choses, les concepts pour les changements. C’est sans doute ce qu’on appelle l’image de marque. La « gorbymania » fait des ravages chez les Occidentaux ». (Daniel Vernet, URSS, éd. Seuil, 1990, p.5, 10 et 11.) « Ce qu’on appelle la « glasnost » est, en réalité, un instrument de la politique du pouvoir soviétique. Cette dernière vise, dans son ensemble, à faire croire à une évolution libérale du système soviétique. Ceci afin que les Occidentaux acceptent de contribuer à son renforcement, notamment en le finançant. En fait, la presse soviétique reste totalement soumise à la censure. Le Parti contrôle plus que jamais l’information » ajoute Nora Buhks, maître de conférences à l’université Paris IV, dans Le Quotidien de Paris, le 22 mars 1990. Durant les années 1985 à 1991, les colonnes des journaux occidentaux sont remplies d’articles au sujet des réformes engagées sous le nom de « perestroïka ». Pourtant, quand la pièce est terminée, le bilan est maigre. Journaliste économique, Françoise Lazare écrit en épitaphe : « Après avoir louvoyé, multiplié les conseillers et les programmes économiques, reporté les réformes, l’URSS a disparu en décembre 1991. Sans avoir entrepris une véritable réforme de son économie ». (Le Monde, 9 juillet 1992) "Ce système ressemblait à un dinosaure." L’historien Michel Heller ne s’en étonne guère : « La « perestroïka » de M. Gorbatchev était d’avance condamnée : il cherchait seulement à améliorer le rendement du système afin de le conserver. (...) Ce processus n’avait aucune chance (...) parce que le système n’est pas réformable. En effet, ce genre de système rigide fonctionne jusqu’au moment où il essaye de s’améliorer. Prenons une comparaison. Avant la perestroïka, ce système ressemblait à un dinosaure. Mikhaïl Gorbatchev a voulu en faire un centaure. Mais si le dinosaure a été dépassé, il a cependant existé. Alors que jamais le centaure, lui, n’a foulé le sol de la terre. Parce que le centaure reste un mythe, tout comme un système soviétique amélioré. » (Le Quotidien de Paris, propos recueillis par P. Verluise, 13 décembre 1991). Alors, quelle est la fonction du discours de la « perestroïka » ? La soviétologue Françoise Thom explique : « Il ne faut pas comprendre la « perestroïka » comme une entreprise visant à faire marcher le système soviétique. Il s’agit plutôt d’une tentative pour associer la communauté internationale à l’entretien, au financement, à l’équipement et à l’alimentation des pays socialistes ». (Françoise Thom, Après Gorbatchev, éd. La Table Ronde, 1990, p. 263) La dette extérieure soviétique, il est vrai, passe de 28,9 milliards de dollars fin 1985 à 70 milliards de dollars le 31 décembre 1991. À cette date, l’URSS n’existe plus et la Russie ne rembourse plus la dette extérieure. Les caisses sont vides, parce qu’environ 100 milliards de dollars ont fui l’URSS durant les années Gorbatchev... [+NET] Deux livres pour aller plus loin : Michel Heller, Le 7e secrétaire, éd. O. Orban, 1990. Pierre Verluise, Le nouvel emprunt russe, éd. O. Média, 1996.
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