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Travailler avec les Roumains
Par Clémentine Forissier (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
4/02/2005 • 00h00
Dracula ne semble pas faire peur aux entrepreneurs français. L’Hexagone était le deuxième partenaire commercial de la Roumanie en 2003. Futur membre de l’Union européenne - l’État sera officiellement membre le 1er janvier 2007 -, le pays a connu la dictature jusqu’en 1989. Plus lente que ses voisins pour sortir de la crise, la Roumanie attire aujourd’hui les investisseurs étrangers.

Des coûts de production bas, une francophilie dans nombre de couches de la population... autant d’atouts pour la Roumanie afin d’attirer des investisseurs étrangers, et notamment français. En 2003, la France était le deuxième partenaire commercial de la Roumanie.

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Le palais du dictateur déchu Ceaucescu © DR - home2.scarlet.be/rc026576

« Depuis 1992, nous sommes soumis à des problèmes de réduction des coûts. Nous avons dû externaliser un certain nombre de nos activités. Nous nous sommes d’abord tournés vers l’Italie, puis vers l’Espagne et le Portugal. Ce fut ensuite la Pologne, la République tchèque et enfin la Roumanie ». François Lory est directeur de l’entreprise COMERA. Depuis un an, une partie de sa production industrielle est assurée par l’une de ses filiales créée en Roumanie. « C’est normal de se tourner vers eux. Comme tous les autres pays, les Roumains bénéficient aujourd’hui de subventions de l’Union européenne. Grâce à ces subventions, ils achètent des machines et donc proposent des taux horaires beaucoup plus bas que chez nous » continue le chef d’entreprise.

Francophiles

La francophonie du pays explique aussi sans doute l’intérêt des entreprises françaises pour la Roumanie. Les relations entre la Roumanie et la France remontent à Napoléon III, au milieu du XIXe siècle. Séduit par le combat des intellectuels réfugiés en France contre l’emprise russo-turque sur leur pays, l’empereur avait alors aidé le pays dans sa lutte. L’influence française a perduré lors de la rédaction de la première Constitution roumaine. Imposé par l’ancien dictateur Nicolae Ceausescu, l’apprentissage du français était en outre à l’époque obligatoire à l’école. « Ceux qui ont plus de 45 ans parlent le français ou en tout cas s’en souviennent. Cela amène un confort. Quand vous montez un projet, les Roumains ne sont pas réfractaires au fait de travailler avec des Français. Ce qui n’est pas le cas partout » explique François Lory. Les interprètes ne sont donc pas souvent nécessaires dans ce pays où l’anglais est, de plus, beaucoup utilisé.

La francophilie des Roumains est peut-être l’une des seules séquelles « heureuses » du précédent régime pour les entrepreneurs français. Punis à la moindre prise d’initiative pendant plus de cinquante ans, les salariés ont pris l’habitude d’être assistés. « Ils n’ont pas encore vraiment la notion de ce qu’est une entreprise ou un marché. Pour eux, la raison d’être d’une entreprise, c’est de gagner sa croûte. Ils n’ont aucune vision à long terme, alors s’ils ne sentent pas le chef rôder, au bout d’un moment, ils baissent les bras » explique François Lory. Une vision partagée par René Serrière, directeur de la publication du journal La Roumanie au quotidien. « J’avais proposé à la directrice des ressources humaines d’une entreprise de venir à un colloque, un week-end, à Lyon. Elle a pourtant un haut poste, mais même pour partir un week-end, elle m’a dit qu’il fallait qu’elle demande à son supérieur hiérarchique », explique-t-il.

Les séquelles de l’histoire

La génération des 30-35 ans n’a cependant pas la même mentalité. Encore étudiante dans les dernières années du communisme, cette génération a commencé à travailler après 1990. Ils ont donc un esprit plus proche de celui des jeunes d’Europe occidentale. Chez Orange Roumanie (ex-MobilRom), la moyenne d’âge du personnel est de 28 ans. Jeune, dynamique et multilingue, il sait faire preuve d’une forte capacité d’autoperfectionnement. Contrepartie de cette absence de prise d’initiative, le respect de la hiérarchie est très fort en Roumanie. L’expatrié français n’aura aucun problème d’autorité, y compris auprès de personnes qui lui sont hiérarchiquement supérieures. Un jeune stagiaire chez Renault Dacia sera par exemple considéré avec respect par ses supérieurs roumains, tout simplement parce qu’il est français et envoyé par la maison mère.

La lourdeur de l’administration est une autre séquelle des cinquante années de communisme. « Il faut quarante tampons pour obtenir un papier » explique François Lory. Un problème pour les entrepreneurs occidentaux soucieux de rapidité. Mais, dans ce pays où la corruption endémique - en 2003 l’économie dite « grise » représentait 50 % des échanges - retarde l’arrivée des investissements étrangers, le maintien d’un grand nombre de contrôles « n’est pas forcément une si mauvaise chose », déclare, après réflexion, le chef d’entreprise.

-  UN CHIFFRE : 5% « Il y a quinze ans, je n’aurais jamais imaginé que la Roumanie puisse être là où elle en est aujourd’hui » affirme René Serrière. Après la chute du mur de Berlin, l’industrie du pays est totalement obsolète et la production inadaptée aux besoins du pays. La situation ne s’améliore pas pendant les années 1990. De 1997 à 1999, la Roumanie évite le défaut de paiement et est confrontée à des faillites bancaires (Bancorex), le PIB ayant reculé de 14 %. Le pays renoue depuis 2000 avec la croissance, d’environ 5 % par an.

-  LA ROUMANIE DANS L’UNION : BIENTÔT ?

Officiellement candidate à l’Union européenne depuis 2002, la Roumanie a conclu les négociations d’adhésion le 8 décembre 2004. Elle devrait intégrer l’Union européenne le 1er janvier 2007. La clôture des négociations a cependant été accompagnée de conditions, concernant notamment la lutte contre la corruption. Une lutte dont le nouveau gouvernement, dirigé par le libéral Traian Basescu, a fait l’une de ses priorités. Les sociétés roumaines subissent aujourd’hui un contrôle fiscal au moins une fois par an.

[+NET]

La page Roumanie du site Centreurope.org où figurent de nombreuses adresses utiles, sites internet d’information sur la Roumanie, et un guide des affaires en Roumanie.

Réunissant les dirigeants des principaux investisseurs français en Roumanie et de hauts responsables politiques français et roumains, le 2e Congrès des Cadres Roumains en France se tiendra le 4 février prochain, au Palais des Congrès d’Issy-les-Moulineaux.

Le site Romalp Industries, plateforme d’échange de nombreuses entreprises françaises installées en Roumanie.

Le site de la mission économique de l’ambassade de France en Roumanie

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