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Londres, Paris ou Berlin, les capitales d’aujourd’hui sont habitées par des personnes d’origine, de culture et de langues différentes. Une conséquence de notre monde moderne, ouvert et sans frontière ? Loin s’en faut. La ville multiculturelle est apparue en Europe au Moyen Age.

(JPEG)
L’Europe cosmopolite © DR CE

Un peu d’histoire. De l’Allemagne à l’Autriche et jusqu’à la Russie, les villes d’Europe Centrale et Orientale se sont constituées au Moyen Age. Les migrations médiévales des populations germanophones imposent la mise en place du droit de Magdebourg - relatif à l’autonomie municipale - dans bon nombre de cités de ces pays. Un élément d’unité pour ces villes peuplées dés leur constitution de minorités juives, allemandes, et ukrainiennes. Cultures et religions différentes cohabitent dans ces nouvelles entités. C’est le début de l’ère des villes dites multiculturelles. « Cela préfigure la situation que l’on a aujourd’hui dans les grandes villes comme Paris ou New York. » explique Delphine Bechtel chercheur au Centre interdisciplinaire de recherches centre-européennes de l’université Paris IV « Au début du XXème siècle, les grandes villes d’Europe Centrale comme Vienne ou Budapest sont composées de personnes qui ne sont pas nées dans le pays ». « Les gens pensent que chaque pays n’a toujours eu qu’une seule langue, comme en Allemagne, l’allemand, par exemple. Mais pas du tout ! Il y avait dans les pays d’Europe Centrale des villes constituées de différentes langues. » ajoute Delphine Bechtel.

Des villes à quatre noms

Lemberg, ville aujourd’hui ukrainienne, symbolise ce multiculturalisme ; en un siècle, elle a eu quatre nationalités différentes, soit autant de langues et de cultures. Composée pour moitié de Polonais, de 35% de juifs et de 15% d’Ukrainiens - la population majoritaire de l’arrière pays -, Lemberg fait partie au début du XXème siècle de l’empire austro-hongrois. Intégrée à la Pologne en 1918, la ville est alors rebaptisée Lwow. « Cette ville a changé quatre fois de nom en fonction de la langue officielle en vigueur à différentes périodes » précise Delphine Bechtel. Dominée par les Soviétiques depuis la Seconde Guerre mondiale, - elle s’appelle alors Lvov -, la ville est aujourd’hui ukrainienne et porte le nom de Luiv.

Le tournant de la Seconde Guerre mondiale

Le pacte Molotov Ribbentrop conclu par Hitler et Staline en 1939 puis la guerre de 1939-1945 mettent un frein au multiculturalisme du centre de l’Europe. Les signataires se partagent des zones d’influence sur les pays comme la Pologne, les États baltes et la Roumanie. Les populations juives qui composaient ces villes sont anéanties. Quant aux Allemands, ils sont chassés après la Seconde Guerre mondiale en guise de représailles. « La politique de purification ethnique a été très dure. À Lemberg, tous les Polonais ont été chassés par les Ukrainiens. La ville a été vidée de sa population à 80% » explique Delphine Bechtel « mais l’architecture austro-hongroise témoigne des différentes cultures qui ont cohabitées jusqu’au milieu du XXème siècle ».

La chute du mur de Berlin et de l’Union soviétique a marqué la fin de l’isolement pour cette partie de l’Europe. Certaines villes de l’ancienne Europe de l’Est comme Timisoara ou Sibiu, toutes deux en Roumanie, ont depuis une dizaine d’années tenté de remettre en valeur leur patrimoine multiculturel, considéré aujourd’hui par l’Union Européenne comme une richesse à préserver.

[+NET]

Les publications et évènements du Centre interdisciplinaire de recherches centre-européennes

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