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Constitution : 78% d’Européens hors jeu !
4/02/2005 • 11h02
78%, c’est le nombre d’Européens, qui méconnaissent totalement ou ou une idée très floue du traité constitutionnel. Un chiffre édifiant que l’eurobaromètre, organe de sondage d’opinion de l’Union européenne, vient de publier après une enquête réalisée du 27 octobre au 29 novembre 2004 auprès de 25.000 personnes.

José-Manuel Lamarque, journaliste spécialisé sur les affaires européennes, auteur de "L’Europe pour les jeunes", avec Emmanuel Moreau, Editions Balland.

Ils ne se sentent vraiment pas dans le coup ! 56% des Européens interrogés avouent savoir très peu de choses concernant le traité, et une partie conséquente, 22%, n’en a même jamais entendu parler. On s’aperçoit ici que le rôle d’information des États membres, associations diverses et variées, ainsi que les structures communautaires ont, soit mal fait leur travail, soit n’ont pas mesuré l’impact que pourrait avoir cette lacune dans les prochains réferenda que certains gouvernement vont mettre en place prochainement. L’eurobaromètre montre que 60% des Européens se disant informés sur le projet constitutionnel sont plutôt favorables à celui-ci mais qu’ils restent assez indécis quant à son devenir.

Suspendus à l’Espagne

Ce sont les Espagnols qui vont ouvrir le bal puisqu’ils devront se prononcer le 20 février prochain sur la Constitution européenne. Une première consultation pour le gouvernement de Monsieur Zapatero que l’on pourrait qualifier de décisive, concernant la politique du premier ministre espagnol qui fut l’acteur du retour de l’Espagne dans l’Union européenne. Les Espagnols engagent par ailleurs leur responsabilité démocratique car ils seront les premiers à marquer leurs sentiments face à ce Traité. Ils sont aujourd’hui 42 % à voter pour le oui, un sur dix voterait non et l’abstention s’élèverait à 15 %. Ce qui est sûr, c’est que les Espagnols favorables au Traité le considèrent comme l’élément majeur d’une garantie de paix et de prospérité en Europe.

En Italie, c’est la chambre des députés qui a approuvé le texte dernièrement, texte devant être soumis au vote du Sénat. Les communistes et la Ligue du Nord ont voté contre, mais la loi fondamentale italienne ne prévoit pas de consultation populaire, heureux Italiens !... Aujourd’hui, deux pays ont déjà approuvé le Traité, soit la Lituanie et la Hongrie.

France : le spectre de l’abstention

Pour la France, le doute est toujours de mise, on est en droit d’espérer une victoire du oui, mais avec la crainte d’une très forte abstention... Ne parlons pas de la Grande-Bretagne ou même les bookmakers ne s’aventureraient pas pour l’instant à quelques pronostics que ce soit... Il est dommage que la France en soit encore à ce stade. Un des pays fondateurs de l’Union serait à la traîne de ses voisins, et si le non l’emportait, à n’en pas douter, nos partenaires ne manqueraient pas dans l’avenir de nous le reprocher. La France se démarque quand même beaucoup en Europe, car les partisans du non recouvrent l’ensemble de l’échiquier politique. On n’est pas étonné quand l’extrême droite et les souverainistes se prononcent contre. Mais quand l’extrême gauche prend le relais, ainsi qu’une partie du Parti Socialiste et la droite modérée, il y aurait quelque chose de pourri dans la république française, cela devrait nous sauter aux yeux.

Enfin, ce texte, même imparfait selon certains, renferme l’essentiel de ce dont l’Union européenne a besoin pour continuer sa construction. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’un texte constitutionnel prend en compte les familles mono-parentales, les handicapés, le chômage, la représentativité des partenaires sociaux, et le développement durable. Ce n’est pas une avancée, c’est un bond dans le temps que ferait l’Europe si ce texte entrait en vigueur. Au contraire de la lucidité, les Français font le gros dos, voire, prennent exemple sur les autruches, ou encore mettent en avant la sempiternelle souveraineté nationale qui n’est plus qu’un concept poussiéreux et obsolète...

En rapport du dernier Eurobaromètre, on est en droit de se demander où se trouvent dans notre pays les campagnes d’information, spots télé et radio, et publications gratuites... Trop peu d’information tue aussi l’information.

Le risque est grand, il serait regrettable que la France initie une telle vilénie quand la jeune Espagne va, une fois de plus, se positionner comme un état, un gouvernement et un peuple, en adultes... On ne peut en dire autant du Royaume uni, même si là-bas la victoire du non est toujours d’actualité, car il faut se méfier d’une opinion grande-bretonne à la merci des tabloïds qui font et défont les majorités... Il serait bon qu’une fois pour toutes, les Européens dans leur majorité se décident oui ou non à travailler avec l’Europe, sans que des débats stériles viennent empoisonner notre quotidien qui n’en a guère besoin par les temps qui courent... Les prochaines échéances pèseront lourd, très lourd dans la politique internationale. Aux Européens de bien prendre la mesure de leurs décisions, au risque que nous restions un grand marché, qui n’aura d’ailleurs de grand que le nom...

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