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Entretien Le plan anti-drogues passé au tamis
Par Laetitia Darmon (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
3/03/2005 • 00h00
Malgré les efforts de coordination des politiques nationales initiés par le plan de lutte contre la drogue 2000-2004, la consommation de drogues n’a pas fléchi en Europe. Le nouveau plan 2005-2008, écrit dans un esprit moins exclusivement répressif, vient d’être adopté par la Commission européenne. Changera-t-il la donne ? Entretien avec Emmanuel Reinert, président du Senlis Council, un réseau d’experts sur la question des drogues. Giusto Catania, le rapporteur chargé d’évaluer la politique de l’Union européenne en matière de lutte contre les drogues, a qualifié le plan 2000-2004 d’échec total. Êtes-vous d’accord avec ce constat ?
Emmanuel Reinert © DR Senlis
Les objectifs trop nombreux et peu réalistes de ce premier plan d’action 2000-2004 n’ont effectivement pas été remplis. Certes, des procédures de coordination ont été mises en place entre les douanes, les services de police et les systèmes judiciaires, et des textes ont été adoptés en matière de criminalisation. Des progrès ont donc été réalisés à ce niveau. Mais le plan a eu le tort de se focaliser sur des modalités d’action purement répressives et de faire fi de toute mesure de santé publique - échanges de seringues, programmes de substitution, salles de consommation médicalisées, etc. - alors même que certains pays d’Europe sont à la pointe dans ce domaine. On sait pourtant combien ces approches sont utiles : là où elles sont effectives, elles ont permis de réduire considérablement la toxicomanie et l’infection VIH chez les toxicomanes. La Commission européenne a adopté, le 17 février dernier, un nouveau plan 2005-2008. Elle dit avoir choisi « une démarche globale et multidisciplinaire », abordant la question des drogues sous tous les angles : réduction de la demande, réduction de l’offre, répression du trafic illicite et action internationale. C’est une grande avancée ? Les leçons de l’échec du précédent plan ont manifestement été tirées : les objectifs fixés sont plus pragmatiques et les champs d’intervention beaucoup plus équilibrés, puisqu’une place importante est accordée aux politiques de santé publique. Le plan affirme, par exemple, la nécessité de faciliter l’accès aux programmes de réduction des risques et de traitement : c’est là la reconnaissance officielle d’actions qui étaient jusqu’alors menées localement, mais qui n’étaient pas valorisées par les gouvernements nationaux et a fortiori pas représentées au niveau européen. Les ingrédients d’une politique efficace de lutte contre la drogue sont donc réunis dans ce plan : reste à souhaiter que ce ne soit pas de simples déclarations d’intention et que l’Union européenne mette très vite en action ce qu’elle énonce. L’Europe a-t-elle un rôle à jouer dans un contexte globalisé de lutte contre la drogue ? Oui, un rôle essentiel. Il est d’ailleurs mentionné, dans le plan 2005-2008, que la politique de l’Union européenne doit accéder à une meilleure visibilité dans le cadre de la Commission des stupéfiants de l’ONU. Cette commission, dont une réunion aura lieu courant mars, subit actuellement une très forte pression de la part des Etats-Unis, qui veulent exclure les programmes de réduction des risques de la politique mondiale de lutte contre les drogues. Ce choix est purement idéologique et ses conséquences vont être dramatiques. Au lieu de s’orienter vers des solutions pragmatiques, qui prennent en compte la nature humaine, les États-Unis essaient de faire passer en force une politique de l’autruche, quitte à ce que cela implique le sacrifice de populations entières au nom du refus quasi religieux de toute drogue. Il est donc fondamental que l’Europe fasse entendre une voix différente et insiste sur l’utilité des programmes de réduction des risques. Un autre problème majeur se dessine aujourd’hui du côté de l’Afghanistan, dont 64 % du PIB proviennent de la culture de l’opium. Pour lutter contre cette situation, les États-Unis envisagent d’envoyer des avions épandre des produits chimiques sur les cultures ! L’Europe estime, en revanche, que la seule approche valable consiste à réorganiser le marché agricole local au travers de politiques d’aide au développement. Il en va de la responsabilité de l’Europe d’affirmer cette position sans tarder, afin de ne pas cautionner des actions dont les conséquences économiques, environnementales et politiques seraient absolument terribles. Voilà donc deux occasions pour l’Europe de commencer à donner la preuve de ses nouvelles bonnes résolutions.
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