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Par Mathieu Magnaudeix (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
3/03/2005 • 14h53
En Allemagne, ils seraient un million. Plutôt que de profiter de la retraite, certaines personnes âgées préfèrent travailler pour améliorer leurs revenus. Klaus et ses amis, retraités dans la capitale allemande, Berlin, ont eux aussi dû travailler pour arrondir les fins de mois. Désormais, ils sont membres d’un petit parti qui dénonce la situation des personnes âgées en Allemagne.

(JPEG)
Les "panthères grises" au travail ! © MM 2005

Klaus Rothe a toujours vécu à Berlin. « Dans la partie est de la ville », précise-t-il fièrement, en levant le doigt, comme un professeur. C’est que le détail a son importance : l’essentiel de sa vie, Klaus Rothe, petit monsieur frêle âgé de 69 ans, l’a passé en République démocratique allemande (RDA), l’Allemagne communiste. Et aujourd’hui, Klaus, citoyen de l’Allemagne réunifiée, est un retraité mécontent. Pendant quarante-six ans, Klaus a travaillé comme cuisinier. L’essentiel de sa carrière, il l’a passée dans un « Kombinat », une de ces gigantesques entreprises d’État qui faisait la fierté du régime de RDA. « En 1999, j’ai arrêté de travailler », se souvient Klaus. « J’avais 63 ans, je me sentais encore en forme, mais je voulais profiter de la retraite. » Pourtant, à peine un an plus tard, Klaus reprend le tablier. « Un ancien collègue m’a demandé si je ne voulais pas l’aider à tenir un petit stand de restauration rapide. J’ai dit oui sans hésiter. » Klaus a vite fait le compte : « J’ai 830 € de retraite tous les mois. Une fois que j’ai enlevé le loyer, le chauffage, l’assurance, tous les autres coûts, il ne me reste que 280 € pour vivre », détaille Klaus.

Pendant trois ans, Klaus travaille deux matinées par semaine. Et empoche 260 €. « Ça m’a permis de m’occuper, et surtout d’arrondir mes fins de mois : j’ai sept petits-enfants ! », sourit Klaus. S’il a arrêté, c’est uniquement pour s’engager, bénévolement, dans l’action politique. Tous les mois, Klaus coiffe donc sa casquette de président du parti « Les Panthères grises » - Die Grauen Panther - pour la section de Pankow, qui regroupe trois quartiers de l’est de la ville. Avec ses copains - Klaus Bankmann, 72 ans et Joachim Grund, 78 ans -, eux aussi membres du parti, il reçoit dans la « maison du temps libre », située dans une rue calme du quartier populaire de Weissensee. « Ce que l’on entend est parfois terrible. Certains retraités sont obligés de choisir entre le chauffage et la nourriture ! », s’emporte Klaus Bankmann, ancien ingénieur de la BVB, la société qui gérait le transports en commun à Berlin-Est. Pendant cinq ans, jusqu’à ses 70 ans, lui aussi a arrondi ses fins de mois et s’est improvisé vendeur.

En avril 2004, les deux Klaus et Joachim étaient parmi les milliers de personnes, dont de nombreux retraités, qui ont manifesté à Berlin et dans d’autres grandes villes du pays contre le gouvernement Schröder. « Ce qui nous a fait descendre dans la rue, c’est la réforme de la santé et aussi la décision du gouvernement de ne pas augmenter les retraites en 2004 », se souvient Klaus Rothe. Selon Les Panthères grises, 50 à 60 % des 830 000 retraités berlinois disposent seulement d’entre 400 € et 700 € par mois pour vivre. Avec ses 830 € par mois, Klaus se considère un peu comme un privilégié. Pas comme sa sœur, dans une situation de précarité extrême après des dizaines d’années d’activité. « Elle a travaillé quarante-deux ans, pour finalement se retrouver avec 380 € de retraite. Elle a donc repris le travail, et pendant deux ans, elle a fait le ménage dans des bureaux. » Aujourd’hui, à 72 ans, la sœur de Klaus ne travaille plus. Elle est tombée malade et a dû arrêter les ménages. Klaus lève la tête, son regard devient dur : « Je peux vous dire qu’à cet âge-là, ce n’est vraiment pas facile de vivre avec 380 € par mois. »

-  POUR INFO

Die Grauen Panther, le parti s’est notamment présenté aux élections législatives de 2002 et aux européennes de 2004. À Berlin, lors des élections européennes, il a réalisé jusqu’à 6 % des voix dans certains quartiers.

-  MÉMO :

Les « minijobs » pour retraités, un phénomène encore peu connu

« Quand elles travaillent, les personnes âgées trouvent des petits emplois dans les services. Ces “minijobs” sont des emplois de chauffeurs, de livreurs ou de nettoyage... en bref, les employeurs sont souvent des petites entreprises de service », explique Hanna Haupt, chercheuse au Centre de recherches en sciences sociales de Berlin.
Les retraités allemands qui travaillent seraient près de un million et pourtant, on parle très peu d’eux. Même le syndicat VdK, qui défend les personnes âgées, avoue, un peu gêné, ne pas s’être encore emparé de la question des « minijobs » exercés par les seniors.
Le travail des retraités reste strictement encadré : les retraités de moins de 65 ans ne peuvent ainsi pas gagner plus de 340 € par mois en plus de leur pension. En cas de dépassement, une partie de la retraite est supprimée. Pour ceux de plus de 65 ans, il n’existe en revanche aucune limite légale.
Les « minijobs » sont-ils appelés à se développer ? En Allemagne, la majorité des actifs n’imagine pas travailler après 60 ans. Et au cours des dernières années, les entreprises ont considérablement rajeuni leurs effectifs, en usant - voire en abusant - de la préretraite. Selon une étude publiée par le Centre allemand pour les questions d’âge en mai 2004, seules 40 % des personnes âgées de 55 ans à 64 ans sont encore en activité. Un chiffre bien éloigné des 68 % de la Suède, et même de l’objectif de 50 % que s’est fixé l’UE pour 2010.
Reste que le gouvernement Schröder a déjà repoussé l’âge officiel de la retraite (63 ans pour les femmes, 65 ans pour les hommes). Et que les récentes décisions du gouvernement, entre baisse des retraites et hausse des frais médicaux, ont depuis quelques années largement entamé le pouvoir d’achat des seniors allemands pour qui les « minijobs », quelques heures par semaines, constituent de plus en plus une source non négligeable de revenus.

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