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Salon du livre : les Russes à l’honneur
17/03/2005 • 17h45
"Le printemps à la russe" : tel est le slogan prometteur du Salon du livre 2005 qui se déroule à Paris, du 18 au 23 mars. Un reporter de l’agence d’informations Ria novosti nous en révèle, avant l’heure, les coulisses.

A la veille de l’inauguration officielle du Salon, le stand russe achève les derniers préparatifs. Les organisateurs n’ont réservé que 800 mètres carrés au clou de l’exposition. Mais le designer Pavel Kaplevitch a déployé des trésors d’imagination et monté une sorte de forêt, dont les troncs peints, qui imitent l’écorce de bouleau, arborent les noms des écrivains russes. C’est ici que prend place la librairie Joseph Gibert qui propose exclusivement des livres russes édités en France.

La délégation russe compte une cinquantaine de noms cultes de la littérature contemporaine : des patriarches comme Vassili Axionov, Andreï Bitov ou Andreï Voznessenski, à la nouvelle vague représentée par Lioudmila Oulitskaïa, Vladimir Charov ou Sergueï Bolmat. Le légendaire Victor Pelevine, diamant noir de la littérature russe, brillera comme toujours par son absence. Des rumeurs affirment qu’il se serait réfugié au Tibet où il aime à méditer.

Au programme des écrivains russes, une réception au ministère de la Culture, une série de tables rondes, des projets personnels, chacun ayant son interprète, une navette assurée entre l’hôtel et la Porte de Versailles. Chacun d’eux disposera d’une heure pour s’entretenir avec la presse et rencontrer les lecteurs. 180 000 visiteurs, au moins, sont attendus.

Hélas, ce voyage parisien est entouré d’un parfum de scandale, déclenché par l’hebdomadaire conservateur "Literatournaïa Gazeta". Le périodique a publié la liste complète des invités et ajouté qu’elle était composée exclusivement "de Russes et de Juifs", au mépris des intérêts du pays multiethnique. En outre, cette liste fait la part belle aux Moscovites et aux avant-gardistes, ignorant les écrivains ruraux, les slavophiles et les écrivains de guerre.

Ces derniers reproches sont plutôt justes, mais à l’impossible nul n’est tenu. Qui plus est, l’abîme qui sépare les écrivains russes, divisés par leur origine ethnique et leur appartenance politique (slavophiles ou libéraux) est si vieux, leur haine si féroce que toute tentative de constituer une liste "politiquement correcte" aurait risqué de dégénérer en bagarre en plein Paris. Les habitués des rendez-vous littéraires moscovites en savent long sur ces bagarres, chose fréquente dans le monde des lettres, où il n’y a ni innocents ni coupables.

Mais c’est, en l’occurrence, la partie française qui a établi la liste des invités. Les organisateurs sont partis d’un critère on ne peut plus simple : inviter uniquement les auteurs qui ont publié des livres en France au cours des deux dernières années ou dont le premier ouvrage devait sortir à l’occasion du Salon. D’ailleurs, si la délégation avait été formée par le clan adverse, les avant-gardistes, expérimentateurs et post-modernistes auraient été les premiers à en être exclus. Alors qu’en France on n’attend qu’eux !

La présence d’auteurs qui ont misé sur un succès rapide auprès du public et dont les œuvres sont tirées à des millions d’exemplaires donne davantage à réfléchir que cette querelle ancienne. Les noms sont connus. Ils ne créent pas d’œuvres littéraires sérieuses, mais il est impossible de présenter la littérature russe contemporaine en taisant le nom d’Alexandra Marinina, par exemple, car le succès de ses livres à l’étranger témoigne de façon éloquente en faveur de ce genre de prose. Toutefois, nul ne semble disposé à admettre que ce cocktail de textes aussi bien élitistes que primitifs représente de façon idéale la grande littérature russe.

Les organisateurs du Salon ont donc essayé d’effacer l’orientation post-moderniste de la délégation en adressant des invitations personnelles aux écrivains dont les noms sont connus depuis longtemps même s’ils n’ont rien publié en France depuis longtemps, tels Valentin Raspoutine et Daniil Granine, Boris Vassiliev et Edvard Radzinski.

Anatoli Korolev © Agence Ria novosti

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