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Développement durable : le combat ne fait que commencer !
Par Solenn Paulic (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
31/03/2005 • 10h52
Les consommateurs ont des droits constitutionnels... mais aussi des devoirs et des responsabilités. C’est ce que tenait à rappeler le Cese (Comité économique et social européen) le 15 mars 2005 pour sa septième Journée du consommateur durable. Son souhait ? Rendre tous les citoyens acteurs du développement durable et les amener à étudier de plus près leurs modes de vie. Vaste chantier.

(JPEG)
Tout se recycle © Jean-Jacques Kissling

Six millions de tonnes de déchets électroniques circulent chaque année dans l’Union, en croissance annuelle de 3 à 5 % (1) et 10 % de déchets supplémentaires sont produits chaque année. Autre chiffre : 560 kg de déchets solides sont produits par an et par personne dans les pays industrialisés, soit 3 fois plus qu’en 1984... (2) Sans oublier les taux d’émissions annuelles de CO2 (2 millions de tonnes par année pour le seul Royaume-Uni), dont sont responsables à 70 % les bâtiments et les transports... Difficile aujourd’hui d’être contre le « durable », mais il reste un obstacle de taille : l’ancrage même de nos modes de consommation dans les habitudes et la complexité de casser les spirales. Comment donc changer le comportement de 450 millions de consommateurs ? Le Cese s’est penché sur la question, mais pour Dominico Rossetti, de la DG Énergies, « c’est mission impossible ». Autre barrière : si les consommateurs peuvent toujours être vigilants et agir à leur niveau sur la durabilité, ont-t-ils tous suffisamment de « confort social » pour s’y intéresser vraiment ? La question a également été soulevée et pour cet interlocuteur, « sans pouvoir d’achat fort des consommateurs, le pari est délicat ».

Trop cher le durable ?

Pour Pierre Vallette, de la DG Recherche, si les produits « verts » sur le marché sont effectivement plus coûteux (ex. : les réfrigérateurs classés par lettres de consommation énergétique de A à G), le problème n’est pas seulement là. « Les barrières règlementaires qui entourent ces produits, leur origine parfois illisible peuvent à elles seules largement freiner la démarche du consommateur ». En clair : il n’y comprend souvent rien et laisse ses intentions durables dans sa poche. C’est donc du côté des pouvoirs publics et des industriels que les progrès sont attendus. En terme de lisibilité et d’étiquetage tout d’abord, et de pénétration sur le marché. La prise de conscience est réelle, « mais là aussi les actes suivent à différents degrés... », reprend Pierre Vallette.

En cause ? La recherche et l’imparfaite connaissance des impacts de nos modes de vie sur l’environnement. L’Europe n’avance que depuis peu de temps sur les externalités, c’est-à-dire les coûts de production et de consommation incluant non plus seulement les coûts purement financiers, mais aussi les coûts sur l’environnement. Et, toujours selon Pierre Valette, « la prise en compte de ces externalités est loin d’être dans tous les esprits, hormis dans les domaines de l’énergie et des transports, où les industriels les intègrent maintenant parfaitement ». L’UE est en phase d’apprentissage selon lui, et il est devenu « nécessaire d’augmenter les budgets de la recherche, à au moins 3 % des PIB nationaux ». Et non 2,2 %, comme c’est le cas pour la France.

Faire vœu d’abstinence ?

Et plus de recherche signifierait davantage de compétitivité sur le marché. Car du côté des pouvoirs publics aussi, il peut y avoir blocage sur le prix du « vert ». Dans la production d’électricité, par exemple. Un kWh d’énergie produite par les panneaux photovoltaïques coûte 50 centimes d’euros, et de 12 à 15 centimes d’euros pour les éoliennes. « Ceci quand le coût de 1 kWh d’électricité produite à partir des sources traditionnelles, charbon, gaz ou nucléaire, s’élève seulement à 4 centimes d’euros. La différence est énorme ! », ajoute Dominico Rossetti. L’Allemagne, la Belgique et certains pays du Nord de l’Europe s’y sont quand même nettement mis (cf memo). L’Allemagne concentre même 80 % des panneaux photovoltaïques installés sur le territoire de l’UE et 12 000 éoliennes. L’énergie éolienne ne produit pourtant pas plus de 1 % d’électricité en Europe... Difficile dans ce cas d’atteindre le taux d’électricité verte produite fixé par l’UE à 22 % en 2010. Nous n’en sommes qu’à 14 % aujourd’hui. « Et les 22 % ne seront jamais atteints en 2010 ! », dit encore Dominico Rossetti, qui ajoute que sur ces 14 %, « il s’agit essentiellement de l’énergie des barrages hydrauliques, ce que nous ne considérons pas non plus comme du renouvelable au sens pur. »

Alors ? Faut-il faire vœu d’abstinence et prôner la croissance zéro comme l’ont fait certains auditeurs du Cese ? Non. Mais les citoyens sont une nouvelle fois priés de s’intéresser à la question et de faire des économies. Ou des achats ingénieux d’équipements utilisant les énergies renouvelables, aidés par une fiscalité arrangeante cf memo. Pour Dominico Rossetti, certains gestes peuvent déjà être enclenchés par tous dans le contrôle de la consommation d’électricité, « avec des compteurs intelligents visibles dans les habitations et indiquant le prix du kilowattheure. On pourrait ainsi davantage inciter des réflexes responsables ». Autre domaine de recherche : les audits énergétiques dans les bâtiments, histoire de connaître un peu mieux notre gaspillage. Agir sur ce que l’on possède et ce que l’on connaît déjà, en somme... Ça, c’est en effet à la portée de tout le monde.

-  MEMO

La directive sur les déchets d’équipements électriques et électroniques (DDEE) entre pleinement en vigueur en août 2005 : elle vise à l’augmentation du recyclage des équipements électriques et électroniques, et limite la quantité totale de déchets devant faire l’objet d’une élimination finale. Elle met également en œuvre le principe de la responsabilité des producteurs, le principe « pollueur-payeur », pour inciter ces derniers à prendre en compte, dès le stade de la conception, la réduction de l’utilisation de substances dangereuses et l’amélioration de la recyclabilité des produits. Le règlement Reach sur la limitation de l’utilisation de certaines substances dangereuses dans les équipements électriques et électroniques prévoit le remplacement de différents métaux lourds et de retardateurs de flammes bromés dans les nouveaux équipements électriques et électroniques à partir du 1er janvier 2008.

L’Allemagne, la Belgique et certains pays du Nord de l’Europe : ces pays, comme les régions volontaires, sont aidés par la mise en place des certificats verts en 2001, qui incluent une loi de soutien aux prix et des mécanismes de subventions des gouvernements aux industriels « verts ». Directive 2001/77/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 septembre 2001 relative à la promotion de l’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelable sur le marché intérieur de l’électricité.

Annoncées dans le Plan climat français en juillet 2004, les mesures fiscales en faveur des énergies renouvelables et des économies d’énergie font partie de la loi de finances 2005. Le crédit d’impôt pour les dépenses d’équipement de l’habitation principale est désormais ciblé sur les équipements les plus performants (15 % à 25 %) et soutient à 40 % les chauffe-eau solaires et autres équipements utilisant les énergies renouvelables. Source : Ademe.

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