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Paroles d’Européens Les leçons d’Europe de
Jean-Paul II 4/04/2005 • 19h35
Hommage et réaction au destin de Jean-Paul II, de notre chroniqueur José-Manuel Lamarque, journaliste européen, et de Daniel Riot, directeur de la rédaction européenne de France 3.
par Daniel Riot, directeur de la rédaction européenne de France 3
jeanpaul2.cef.fr © DR
Que le Pape Jean-Paul II ait été privé du pouvoir de la parole avant de mourir a, symboliquement, valeur d’avertissement : sa voix restera-t-elle audible longtemps ? Il restera dans l’Histoire comme l’une des plus grandes pour ne pas dire la plus grande voix de la « génération Europe », comme on disait à Prague, à Varsovie et ailleurs avant la chute du Mur... « Génération Europe » : C’est celle des femmes et des hommes qui sont issus, se souviennent ou ont conscience des autoritarismes, des esclavagismes, des colonialismes, des nationalismes, des fascismes, des totalitarismes qui ont tant marqué ce XXème siècle si paradoxal et contradictoire. « Génération Europe » : C’est celle des femmes et des hommes qui ont su tirer les leçons du choc entre les espaces de liberté nouveaux engendrés par les progrès des sciences et des technologies et les risques engendrés par les mêmes « progrès ». Les risques du matérialisme : tout ce qui transforme l’homme en marchandise, en chose, en produit. Les risques de l’individualisme qui est aux antipodes de l’humanisme et du personnalisme : « l’hyper-libéralisme » est le collectivisme affairiste de la négation de l’authentique libéralisme. Les risques du nihilisme, ce choix du néant donc de mort, comme choix de vie...Les risques du dogmatisme idéologique : cette négation des réalités et cette trahison des idéalités... « Génération Europe » : C’est celle des femmes et des hommes qui croient en la perfectibilité de l’humanité par des questionnements salvateurs et des actions concrètes, constructives, positives, intelligentes, non par des interrogations démobilisatrices et des réactions abstraites, destructrices, négatives. L’œuvre de Jean-Paul II comme « patron » de la Curie et de l’Eglise catholique me touche peu : je ne sais pas quoi penser sur ce qu’il a pu faire, ne pas faire et faire différemment. Sur les préservatifs, l’avortement et la place des femmes dans l’Eglise, par exemple, je suis plus sensible aux opinions de Sœur Emmanuelle qu’aux siennes. J’ai passé plusieurs journées et nuits chez les Chiffonniers du Caire... Sur une conception « christique » de la construction européenne, je serais plutôt en opposition , personnellement, avec la tentation d’assimiler la « construction européenne » avec la « loi et la foi des bénitiers » : l’Europe est née et s’est développée grâce à la conjonction des valeurs de la démocratie-chrétienne, qui placent l’homme au cœur de toute action et celles du socialisme (athée ou non) qui placent l’altérité au cœur du questionnement sur l’Identité, qui associe richesse et partage, bonté et justice, beau, bien et vrai. L’œuvre de Jean-Paul II, pour moi, se résume en trois points essentiels : il a su réconcilier l’Eglise et les droits de l’Homme ; il a su mettre fin à 2000 ans de malentendus cultivés entre chrétiens et juifs et donner corps aux mots « œcuménisme », « dialogues inter-religieux », « concertation entre courants spirituels » ; il a su contribuer, plus que tout autre peut-être, à ce que l’Europe « respire avec ses deux poumons ». « Le Vatican, combien de divisions ? », ironisait Staline... C’est la Vatican qui, grâce à Jean-Paul II, a gagné. La géo-philosophie contre la géopolitique et la géostratétégie : c’est cela « l’idée européenne », Pour celles et ceux « qui Y croient » comme pour celles et ceux qui « n’Y croient pas ». Autant je peux être un adversaire résolu de tout « intégrisme chrétien » (il en existe, et il faut le dénoncer, le combattre, lui répondre), autant il faut savoir écouter de plus en plus la plus grande Voix de celui qui a été la voix de la première « génération Europe » ; celle de l’Espérance en actions, celle de l’humanité active, celle des qui peuvent faire que le futur ait un avenir, celle qui s’incarne dans une Europe où les principes proclamés ont autant de sens que de valeur. A chacun de croire ou de ne pas croire, d’être ou de ne pas être (par origine ou par choix) fidèle de ceci ou de cela, infidèle à ceci ou à cela, croyant ou incroyant, pratiquant ou non pratiquant...La pensée « libre », c’est la libération jamais terminée, toujours à faire et à parfaire de la pensée de la liberté. La vie est un chemin, non une destination. Merci Jean-Paul. Sa mort est l’occasion, pour tous - donc pour chacun - de réfléchir au sens que tous et chacun peuvent donner à la vie, à la vie, à notre vie. A la « trace » que nous pouvons ou ne pouvons pas laisser sur Terre, où chacun, anonyme ou célèbre, puissant ou impuissant n’est que de passage. Qui que soit et quoi que fasse son successeur, sa voix doit rester audible dans ce monde où même chez les fidèles de Saint-Pierre et Saint-Paul, la religiosité l’emporte sur la religion. Et l’Europe a besoin d’une voix (ou de plusieurs) qui place(nt) ou replace(nt) la personne humaine, l’individu-sujet, le « principe d’humanité », avec ou sans Dieu ) au cœur de toute action. Ce jour n’est pas un jour de tristesse : ce sont les vivants qui font que les morts ne sont pas morts. Et que la vie continue. Avec la paix plutôt que la guerre. Avec le respect de l’autre plutôt que sa négation. Avec l’amour plutôt que la haine. Le plus grand mérite de Jean-Paul II est sans doute d’avoir démontrer, par le verbe, que la vraie prière n’est pas supplique, demande et revendication mais action, proposition, engagement, prise de risques. « N’ayons pas peur ». C’est le plus beau des messages « européens » de ce Polonais si universaliste dans le respect des différences et de la « multitude », sans euro-centrisme, sans euro-egotisme, sans euro-passéisme. Et sans euro-scepticisme. « N’ayons pas peur » : il reste tant de murs à abattre...Tant de frontières à dépasser. Tant de préjugés à combattre. Et tant de champs d’espérance à labourer. La « civilisation de l’amour » prônée par Jean-Paul II et rendue possible par les progrès fantastiques de la science et des technologies reste à construire. Si l’intelligence du cœur sait se montrer à la hauteur de celle de l’esprit. Dieu n’est en rien au centre de ces vrais enjeux, de ces défis fantastiques et de ces combats à mener : c’est l’Homme. Leçon d’Europe, pour l’Europe. Lire d’autres articles de Daniel Riot sur le blog Europeus.org.
par José-Manuel Lamarque Karol Wojtila né le 18 mai 1920 à Wadowice dans le sud de la Pologne et fut le 262ème Pape de l’Église catholique. Le lieu de sa naissance n’est pas anodin.... Wadowice, petite commune de la Malopolska - petite Pologne - se trouve à une trentaine de kilomètres de Cracovie, première capitale du pays, celle des rois de Pologne, les Jagellon, où fut créée la première université de Pologne au Moyen âge. Non loin de Wadowice, c’est Czestochowa, lieu de pèlerinage où près de 4 millions de fidèles viennent chaque année pour prier devant le tableau miraculeux de la vierge du cloître de Jasna Gora. Enfin, Wadowice est aussi voisine de la petite ville de Oswiecim, plus connue par son nom germanique, Auschwitz. Symbole divin, providence, ou hasard, quoi qu’il en soit, les faits portent à la réflexion en ce qui concerne celui fut le premier Pape polonais. L’actualité a toujours une histoire... De son action, on retiendra tout d’abord sa force d’âme et de conviction qui permit d’abattre le rideau de fer et de faire tomber le bloc de l’Est... « N’ayez pas peur !... » a-t-il dit !... « N’ayez pas peur !... » à l’adresse de tous... Cette phrase est plus que d’actualité... Car la peur a souvent été présente dans les esprits européens. La peur de la guerre, la troisième, quand l’Europe était le tampon entre les deux blocs, la peur de perdre un certain niveau de vie à l’européenne, la peur de l’autre, de l’inconnu... Donc nous ne devions pas avoir peur, et pour certains, ces paroles furent une révélation, nous ne devions plus avoir peur. Continuons de ne plus avoir peur en cette période référendaire. Il fut le Pape de la planète tant ses voyages furent nombreux. D’ailleurs, quels chefs d’États ont fait durant leurs mandats, ne serait ce que le quart des voyages de Jean Paul II, avec toujours ces paroles, « N’ayez pas peur !... » ? Jean Paul II fut aussi celui qui avait bien compris les tenants et les aboutissants de l’Europe. L’Europe ne peut vivre sans ses deux poumons, et il faut, il faudra, avec beaucoup d’intelligence, que cesse le schisme en Orient et Occident qui dure depuis 1054, c’est beaucoup..., c’est trop, et l’Europe mérite bien un rééquilibre. Au delà de ces nombreux voyages, gardons du Pape cette demande de pardon au nom de toute l’église catholique quant à ses crimes passés. Des crimes qui ne sont plus aujourd’hui passés sous silence et qui renforcent la conviction des catholiques, que, désormais, on peut construire sans détruire, ni les âmes, ni les corps, ni les territoires... Ce Pape des jeunes était le Pape des martyrs du vingtième siècle, ces hommes et ces femmes massacrés où qu’ils fussent, au nom d’une idéologie ou d’une autre et dont les mémoires nous rappellent que le monde est celui des hommes, qui doivent apprendre à vivre ensemble... Karol Wojtila, le Pape qui fit entrer le monde et la chrétienté dans le vingt-et-unième siècle, clamant haut et fort que seul l’être humain comptait, et dont la devise était Totus tuus (Tout à toi, Marie). Sa mort aura marqué le monde, et les catholiques, si discrets au quotidien, se sont aperçus qu’ils représentaient plus d’un milliard d’hommes et de femmes qui se sont levés pour saluer celui qui leur a redonné l’espérance, comme il a prêché le dialogue entre toutes les confessions, pour la paix. Son œuvre n’a pas fini de nous étonner, comme celle des Pères de l’Europe, dont nous retrouvons l’esprit dans le drapeau européen... Sûrement aussi celui de Jean Paul II... à nous de trouver !... Grâce à lui, nous n’aurons plus peur.
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