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Point de vue
Devoirs de mémoires !
Par José-Manuel Lamarque (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
14/04/2005 • 18h11
Plus nous avançons vers le 29 mai, et plus les défenseurs du oui sont considérés comme des suppôts du libéralisme, vendus à un quelconque réseau bruxellois. En fait, les propos fusent de toute part, mais nul aujourd’hui n’a encore expliqué d’où venait cette construction européenne et comment elle fut initiée. C’est pourquoi un devoir de mémoire s’impose...

(JPEG) L’actualité a toujours une histoire, et il est grand temps de lui rendre hommage. À la fin de la deuxième déflagration mondiale, des hommes se sont levés ! Ils n’ont pas dit : « Plus jamais ça ! », ils ont dit : « Nous ne ferons plus jamais ça, et nous nous battrons contre ceux qui veulent encore le tenter... » Il fallait reconstruire cette Europe dévastée, ce fut la Ceca (Communauté européenne du charbon et de l’acier), en 1950... L’expérience avait porté ses fruits, et il fallait continuer ! Sous les vocables de « paix, liberté et solidarité », l’exemple de la Ceca avait suscité un autre désir... Celui d’unifier les Européens dans un complexe de défense commune face aux risques de la Troisième Guerre mondiale, qui se transforma en guerre froide. En 1952, la CED, Communauté européenne de défense, était un beau projet, noble et ambitieux, et ce dernier fut jeté dans les oubliettes de l’histoire pour renaître quelque trente années plus tard... Les responsables de ce rejet furent les gaullistes et communistes français, peu visionnaires ou défendant d’autres intérêts.

L’Europe était en panne, par la faute de la France, déjà, mais elle devait continuer son unification... Après la conférence de Messine en 1955, les pères de l’Europe lancèrent l’idée du Marché commun qui verra le jour en 1957 lors du traité de Rome, qui prévoyait déjà la fin des monopoles, et l’entrée de tous les États démocratiques dans la communauté, se trouvant sur le territoire européen... Puis, ce fut la longue marche en avant...

Grâce à Schuman, Monet, De Gasperi, Spaak et Adenauer, l’Europe se recomposait après des siècles de guerres, conflits, invasions, destructions et massacres. Les Européens retrouvaient une identité perdue ou cachée par les tenants de la souveraineté à tout crin.

Après des élargissements successifs qui faisaient sortir des États de l’indigence sociale, morale et politique telle la république d’Irlande, l’Espagne, le Portugal et la Grèce, l’Europe prenait force et vigueur autour de ces mêmes espérances désirées par les pères de l’Europe, la liberté, la paix et la solidarité... De l’Acte unique de 1986 au Marché unique de Maastricht (1992), les Européens pouvaient dès lors vivre, travailler, étudier, voyager et prendre leur retraite où bon leur semblait... L’Europe, devenue Union européenne, accédait à une monnaie commune, l’euro, et cette Europe, devenue un grand et vaste marché en mesure de concurrencer les USA, était arrivée à maturité...

Nous n’étions plus de petits États éparpillés, nous devenions une force qui allait compter sur la scène internationale ! Il nous manquait nos cousins perdus en 1945 derrière un rideau de fer, celui qui fonctionnait par le mensonge, l’assassinat, la dénonciation et la déportation... Avec l’entrée de Chypre-Sud, l’Europe s’étendait aux portes du Moyen-Orient... Voilà donc l’Europe aujourd’hui, faite de travail, de volonté et d’espérance.

Il est évident que bien peu ne nous narrent cette incroyable histoire décidée par le force d’âme de cinq hommes, que le destin avait placé sur la route de la naissance d’une des plus grandes œuvres que l’humanité aura connues...

Ces hommes-là n’avaient pas peur !... Cette œuvre ne peut s’arrêter, car on ne peut stopper le cours de l’histoire. À ceux et celles qui sont encore indécis, qu’ils sachent qu’un retour dans le passé nous fait toujours et encore mieux apprécier l’avenir, surtout le nôtre ! Ce devoir de mémoire s’imposait telle une jouvence qui nous permet de ne pas craindre le Traité constitutionnel !... L’Europe économique et monétaire fonctionne, nous avons besoin aujourd’hui d’une Europe sociale et d’une Europe politique, l’Europe-puissance !

Nos libertés sont à ce prix !

José-Manuel Lamarque est journaliste spécialisé sur les affaires européennes, auteur de « L’Europe pour les jeunes », avec Emmanuel Moreau, éditions Balland.

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