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Constitution : ce que pense la presse étrangère du débat français
Par Stephen Bunard (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
9/05/2005 • 01h49
Les Néerlandais votent le 1er juin sur le traité constitutionnel, les Allemands sont préoccupés par le résultat du référendum français et les Anglais, que l’Europe tourmente, nous observent. Que pensent-ils tous du débat constitutionnel en France ? Entretien avec les correspondants de quotidiens européens.


-  (GIF) Jon Henley, The Guardian

« Un non serait plus grave pour la France que pour l’Europe. »

« Certains parlent avec arrogance des services publics, d’une protection sociale exemplaire et d’un modèle français à préserver ou protéger. Mais sur le plan économique, ce modèle est le moins pertinent de toute l’Europe : 10% de chômage depuis une décennie avec un faible taux de croissance. Comment faire valoir que le modèle européen devrait être le modèle français ? La classe politique française paie dix ans de contrevérités sur l’Europe et sur l’économie. On doit choisir entre le plein emploi ou un système de protection sociale généreux, on ne peut avoir les deux. Les Scandinaves ont su réduire le chômage en repensant leur système social et l’Allemagne a pris le risque de réformes impopulaires. Un non serait plus grave pour la France que pour l’Europe. Les libéraux dans l’Union seraient encouragés par la défaite du traité et attaqueraient d’emblée la PAC (politique agricole commune) qui profite aux agriculteurs français. En Angleterre, nous votons plus en fonction du bon sens. Et le débat porterait sur une vraie question : voulez-vous de l’Europe oui ou non une fois pour toutes ? Alors, je dis qu’un oui serait même plus probable chez nous que chez vous. »

-  (GIF) Michaela Wiegel - Frankfurter Allgemeine Zeitung

« Le traité renforce le poids du couple franco-allemand »

« Toute la politique européenne est fondée sur le couple franco-allemand et le gouvernement allemand s’inquiète pour le devenir de l’Europe, à une étape essentielle de sa construction. L’idée d’un non français qui ferait redémarrer l’Europe sur une base plus sociale est éloignée de la réalité allemande. D’abord, l’Allemagne a fait preuve d’une audace réformatrice pour sa sécurité sociale, inimaginable en France, même pour les libéraux. Ensuite, elle ne veut pas revenir au traité de Nice, considéré dès le départ comme un gâchis incroyable, malgré une lecture différente en France, à l’époque, sous présidence française de l’Europe. D’ailleurs, le traité constitutionnel fait l’unanimité politique chez nous, il renforce le poids du couple franco-allemand. Et les syndicats allemands, qui voient dans ce traité une meilleure garantie des acquis sociaux, ne comprennent pas le non français. » NDLR : le traité devrait être ratifié en Allemagne le 12 mai.

-  (JPEG) Pieter Kottman, NRC Handelsblad :

« Sans la France, l’Europe n’existe pas ! »

« Chez nous, qui votons le 1er juin, le non progresse, sous l’influence du débat français, surtout contre le gouvernement, mais les Néerlandais, de leur petit pays, sont confiants dans une Europe unie. Les politiques français contre le traité, surtout à gauche, devraient mieux accueillir les pays de l’Est au lieu de les accuser de dumping social et de tout mélanger avec les délocalisations. Un, les entreprises n’ont pas attendu l’Europe. Deux, l’Europe est une chance pour ces pays comme elle le fut pour l’Espagne et le Portugal, sans que les Français en souffrent tant. Prenons l’affaire du textile chinois, qui symbolise le mal français, le manque de flexibilité. Aux Pays-Bas , le textile s’est adapté dans les années 80 à cette situation de commerce de libre-échange. Et puis, la France peut-elle vendre des Airbus en Chine et dénoncer ensuite les menaces du textile chinois, sans s’exposer à des représailles ciblées ? C’est un argument pour s’unir encore plus. Sans la France, l’Europe n’existe pas ! »

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