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La chronique de la semaine La France, mouton noir de l’Union européenne ?
Par Bastien Nivet (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
12/12/2003 • 00h00
La récente crise européenne au sujet du pacte de stabilité a une nouvelle fois placé la France - ainsi que l’Allemagne - au banc des accusés de la classe politique européenne. En renvoyant à cette occasion l’image d’un pays au-dessus des règles communes, arc-bouté sur des intérêts nationaux défendus à coup de passages en force diplomatiques ou de violations de ses engagements européens, Paris s’est attiré de vives critiques de la part de certains de ses partenaires européens. En France comme en Europe, il est certes de bon ton de stigmatiser à outrance l’égoïsme national et l’arrogance diplomatique de l’hexagone dans la conduite de sa politique européenne. A trop avoir prêté le flanc à ces critiques chroniques au cours des derniers mois, les autorités françaises risquent néanmoins de les enraciner en une image profondément et durablement dégradée de la France. L’arrogance française De la crise irakienne à celle du Pacte de stabilité, Paris a en effet traversé une année européenne difficile, froissant au passage nombre de susceptibilités européennes et donnant l’impression, plus ou moins justifiée, que sa politique européenne était de plus en plus mal perçue, de Vilnius à Madrid en passant par Varsovie. La forme et l’expression de cette politique autant que son contenu lui-même semblent être en cause. Dans le cas de la crie irakienne, on ne peut reprocher à priori à la France d’avoir défendu une position nationale forte, fût-elle porteuse - à l’instar de la position britannique - de divisions européennes. Les enjeux des débats précédant la guerre autant que le comportement de l’administration américaine, justifiaient par ailleurs l’adoption d’un style diplomatique à la vigueur et au volontarisme quelque peu exacerbés. Mais en auto-accordant le label « européen » à un point de vue essentiellement franco-allemand, au mépris de la réalité diplomatique de l’UE élargie, les autorités françaises ont conforté l’idée largement répandue selon laquelle elles ne reconnaissent d’horizon politique à l’Europe que celui d’une France en plus grand. A ce titre - et sans surprise -, les propos tenus par le Président français Jacques Chirac en marge du sommet européen sur l’Irak en mars 2003 , ont été perçus comme un véritable affront à l’égard des pays qui s’apprêtent à entrer dans l’Union. Le décalage entre les valeurs de multilatéralisme et de démocratie internationale défendues par l’Hexagone dans la crise irakienne, et le non-respect de ces mêmes principes à l’échelle européenne, a renforcé l’image d’une France ambivalente, plus prompte à énoncer de grands principes à ses partenaires qu’à les respecter elle-même. Les termes et la conclusion du récent débat sur le Pacte de stabilité ont aussi conforté cette image dans une partie de la classe diplomatique européenne. En s’affranchissant des règles d’un pacte qu’elles avaient elles-mêmes largement contribué à instaurer, la France et l’Allemagne ont fourni des arguments à ceux qui leur reprochent souvent de vouloir imposer leur loi aux autres dans l’Union européenne, et de se comporter de manière arrogante vis-à-vis des règles communes ou des ’petits États’ de l’Union. Synonyme de succès à court terme, ce type de coup de force diplomatique peut être porteur de difficultés à l’avenir. Dans le cadre des négociations sur la future constitution européenne par exemple, cet épisode n’incitera pas les États membres à accepter une re-pondération des voix au profit des grands pays voulue par Paris et Berlin. Entre intérêts nationaux et solidarités européennes : quelle stratégie d’influence pour la France ? Ces exemples ne sont que les plus récents et montrent que c’est avant tout le comportement diplomatique de Paris plus que le contenu de sa politique européenne qui est fréquemment mis en cause, illustrant une difficulté d’adapter un style diplomatique hexagonal éprouvé aux nouvelles réalités européennes. Nul ne peut en effet reprocher à la France, ou à tout autre membre, de chercher à promouvoir ses intérêts et points de vue dans cet espace de construction de compromis entre États qu’est encore fondamentalement l’UE. Les modalités d’expression et de défense de ces positions sont davantage en cause. L’actuelle stratégie diplomatique européenne de la France, alliance de posture gaullienne et d’attachement systématique à la solidarité franco-allemande, semble en effet de plus en plus anachronique et pourrait, à terme, s’avérer contre-productive. Très mal perçue chez plusieurs actuels ou futurs membres de l’Union, sa rentabilité politique s’effritera au fil de l’éparpillement des voix au Conseil qu’implique l’augmentation du nombre d’États membres. L’optimisation de la capacité d’influence de la France dans les grandes négociations européennes à l’avenir exige l’apprentissage, moins glorieux mais plus rentable politiquement à terme, d’une stratégie d’influence d’un nouveau genre. Une stratégie basée sur une plus grande acceptation du compromis, le strict respect des engagements européens, et la capacité de Paris à constituer des coalitions ad hoc autour de ses intérêts au gré de l’agenda européen. Bastien Nivet est chercheur, responsable des questions européennes à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) et chargé de cours à l’Institut d’études politiques de Lille.
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