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La chronique de la semaine Union européenne : pendant les travaux, la crise continue
Par Bastien Nivet (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
26/09/2005 • 11h57
Depuis les référendums français et néerlandais de juin dernier, les diagnostics sur le sujet « Union européenne » semblent formels et convergents : celle-ci est « en crise », « en panne », bref, malade. Mais ne confond-on pas la pathologie et les symptômes ? Bastien Nivet est chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et ATER à l’Institut d’Etudes Politiques de Lille. Malade mais pas morte, répondent aujourd’hui certains : l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie aura bien lieu comme prévue le 3 octobre, la libéralisation du marché des services devrait être entérinée dans les six mois à venir (voir Le Figaro du 22 septembre), et un accord sur les perspectives financières 2007-2013 sera trouvé, parce qu’il le faut bien de toute façon. Bref, pendant la crise, les travaux continuent ; et, ajoutent les optimistes, la construction européenne a toujours fonctionné ainsi. Alternance de crises et de relances, et contournement des désaccords majeurs par la poursuite des coopérations là où elles sont possibles sont en effet des caractéristiques irréfutables de la construction européenne depuis ses origines. Mais cette philosophie européenne du « pendant la crise les travaux continuent » est dangereuse. Avant tout, si crise européenne il y a, c’est inverser pathologie et symptomes que de penser qu’elle est la conséquence des référendums du printemps, alors qu’ils n’en furent qu’une manifestation. Ce n’est pas parce que deux pays ont échoué dans la ratification d’un Traité que la construction européenne est en panne, mais bien parce que quelque-chose est en panne dans la construction européenne que ce Traité a été refusé. Ce quelque-chose qui est en panne, c’est l’existence d’un sens, d’un élan politique qui soit perçu, soutenu ou au moins accepté par une majorité des citoyens et des Etats membres. Mélange de solidarité, d’acceptation du compromis, d’ambition commune et de construction responsable d’un avenir partagé, cet élan fondateur a été perdu en route, quelque part entre le 9 mai 1950 et l’année 2005. Et ce ne sont pas les citoyens français et néerlandais qui en sont responsables. C’est le mélange de procrastination permanente, d’absence de vision stratégique et de dépolitisation qui caractérise la politique européenne de la plupart des Etats membres depuis de nombreuses années. Or, au motif que rien ne doit arrêter les travaux européens, qu’il faut, quoi qu’il arrive, surmonter la prétendue crise en « avançant » (vers quoi ? avec qui ?), ces erreurs se reproduisent aujourd’hui. Bien évidemment, à se tromper de maladie, on se trompe de remèdes. Les Vingt-cinq avaient l’occasion, en négociant les perspectives financières de l’Union pour 2007-2013, de démontrer concrètement à leurs citoyens que la solidarité européenne peut et doit exister, et que l’Union peut-être un investissement dans leur avenir à travers des politiques communes comme la recherche ? Peu importe, égoïsmes nationaux exacerbés et absence de vision commune des priorités de l’Union ont fait échouer les négociations en juin. Et au lieu de s’interroger sur les raisons profondes de cet échec, en s’obligeant à clarifier l’état des solidarités européennes et des ambitions politiques communes, c’est pour une simple suspension des négociations que les Vingt-cinq ont opté. Les débats référendaires ont révélé, quant à eux, une inquiétude des citoyens face au décalage entre les processus de libéralisation du marché intérieur européen et la faiblesse des mesures politiques et sociales d’accompagnement de ce processus ? Peu importe... Aujourd’hui, la libéralisation des services reste une priorité, la libéralisation complète du marché intérieure doit se poursuivre puisque c’est la seule chose qui marche. Et on se contentera, en contrepartie, d’un sommet informel sur « le modèle social européen » (les 27 et 28 octobre prochain) dont il y aurait beaucoup à attendre mais dont il y a si peu à espérer. Le rééquilibrage de la construction européenne, et le rapprochement entre l’Union et les citoyens peuvent attendre. L’important, c’est que les travaux continuent. Les mêmes débats ont révélé que les incertitudes quant aux contours géographiques et politiques de l’Union européenne pesaient sur sa perception et son appropriation par les citoyens européens ? Cela aurait pu être l’occasion, non pas de faire payer à tel ou tel pays candidat les craintes des électeurs, mais de démontrer que l’élargissement de l’Union répondait à une vision politique et stratégique cohérente et ambitieuse. Au lieu de cela, les conditions de l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie, maintenue parce que priorité de la Présidence britannique de l’UE et « parcequ’il faut bien avancer », démontrent le contraire. Quel ensemble politique accepterait d’entamer des négociations d’adhésion avec un Etat qui ne reconnaît pas l’existence d’un de ses membres, en occupe militairement une partie du territoire, et jure de ne pas lui appliquer les obligations qui découlent de ses engagements ? Aucun, et c’est pourtant ce qui va se produire le 3 octobre avec l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie. Il est donc aussi vrai que, pendant la crise, les travaux continuent...
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