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La Turquie a-t-elle le bon profil... démographique ?
3/10/2005 • 13h22
Comment les paramètres démographiques caractérisent-ils la Turquie par rapport à l’Union européenne ?

Pierre Verluise, directeur du site géopolitique www.diploweb.com , auteur du « Géopolitique de l’Europe », éd. Ellipses.

Avec 71,2 millions d’habitants mi-2003, la Turquie représente presque autant d’hommes et de femmes que le passage de l’UE15 (380,7) à l’UE25 (454,5) qui se solde par une croissance de 73,8 millions d’habitants.

Si la Turquie venait à adhérer à l’Union européenne aux alentours de 2010, son apport en habitants serait supérieur à l’élargissement de 2004. Si l’on étudie la projection en 2025, on note une forte augmentation des effectifs en Turquie : 17,7 millions d’habitants.

Alors que l’accroissement naturel de l’UE25 est de 0,5 habitant pour 1000, la situation de la Turquie semble bien différente avec un accroissement naturel estimé en 2003 à 15 hab. pour 1000. Résultat, la proportion des moins de 15 ans par rapport à la population totale y atteint 30%, alors qu’elle se limite à 17% dans l’UE15. La différence semble encore plus parlante si l’on considère les moins de 25 ans en 2001 : 49,8% en Turquie, 35,8% en Pologne, 34% en Roumanie et 29% dans l’UE15. Autrement dit : un Turc sur deux a moins de 25 ans.

Intégrée à l’Union européenne, la Turquie serait probablement pour plusieurs décennies son seul espace de fort accroissement naturel.

Incidences politiques

Il convient d’avoir à l’esprit les possibles incidences politiques, puisque le traité de Nice (2001) a innové en ajoutant une clause démographique. Celui fait foi tant que le traité constitutionnel issu des travaux de la Convention n’est pas effectif. Un paragraphe a déjà été ajouté à l’article 205 du traité CE. Il spécifie que, sur demande d’un membre du Conseil, il sera vérifié lors d’une prise de décision à la majorité qualifiée si cette majorité qualifiée représente au moins 62 % de la population de l’Union. Si ce n’est pas le cas, l’acte en cause ne sera pas adopté. En 2025, la Turquie représenterait 15,4% de la population de l’espace UE27+Turquie. L’Allemagne, pays aujourd’hui le plus peuplé de l’UE25, perdrait ce premier rang pour passer au deuxième, avec 13,5% de la population de l’UE27+Turquie. Ankara et Berlin seraient alors les poids lourds politiques de l’UE, avec un total de 28,9% de la population UE27+Turquie.

Quant au projet de traité constitutionnel mis au point par les dirigeants de l’UE25 le 18 juin 2004, il définit la majorité qualifiée au Conseil comme réunissant 55% des Etats représentant 65% de la population. Ici encore, le poids démographique de la Turquie aurait des incidences politiques non négligeables.

Quels effets démographiques sur l’UE ?

Raisonnons à l’échelle de l’Union européenne dans plusieurs configurations, à 15, à 25, à 27 c’est à dire avec la Roumanie et la Bulgarie, enfin à 27 plus la Turquie.

Les études mettent en évidence le tassement relatif de la croissance démographique communautaire induit par le passage de l’UE15 à l’UE25 . Alors que l’UE15 connaîtrait de 2003 à 2025 une croissance de 2,44%, l’UE25 engrangerait seulement une croissance de 1,76%. Et le passage à l’UE27 n’arrangerait rien (1,15%). En revanche, l’intégration de la Turquie se solderait par un accroissement global de 4,19% de l’ensemble UE27+Turquie. La croissance des effectifs induite par l’intégration de la Turquie - soit 88,9 millions d’habitants en 2025 - résulte d’une population beaucoup plus féconde et jeune que celle de l’UE27.

Avec ou sans la Turquie, l’UE restera loin des géants démographiques

Pour autant, à l’échelle de la planète, l’élargissement à 25, voire à 27 et même à 27 + la Turquie n’empêchent pas l’Union européenne d’être largement distancée par des pays bénéficiant d’une croissance démographique bien plus significative : l’Inde et la Chine. Du fait de leur dynamique interne et de leur attractivité, les Etats-Unis gagneraient de 2003 à 2025 l’équivalent d’une France au tournant du millénaire : 59,6 millions d’habitants.

Sur la même période, l’UE27 + la Turquie gagnerait « seulement » 23,2 millions d’habitants, soit moins de la moitié de la croissance des Etats-Unis. On peut relever que sans l’apport de la Turquie, l’UE27 n’augmenterait « que » de 5,5 millions d’habitants. L’UE27 ferait toujours mieux que la Russie - qui chuterait de 145,5 à 136,9 - et le Japon dont les effectifs passeraient de 127 à 121,1 millions.

Quoi qu’il en soit, l’intégration de la Turquie ne serait pas la « solution miracle » la dépopulation tendancielle de l’espace communautaire.

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