Cultures

Les Européens

L’Union en marche

Vivre l’Europe

Dossiers


Le magazine européen pour tous.
13 mai 2008
Accueil Présentation Équipe Contact Partenaires > ÉCOUTEZ ! Et 2006 ?  


Téléchargez l'Édition spéciale 9 mai 2005 - version éditée n°1

Notre newsletter

Abonnement
Désabonnement

Le chiffre

120.000

Bien euro de le savoir

Quels risques énergétiques pour l’UE ?

Volapük

(directive) Bolkestein

Le saviez-vous ?

Ils étaient cinq

--- Publicité ---

Savoir communiquer avec la presse

Formation media training

Suivre l’actu sur le théatre en France et en Europe

Improvisation Paris

Découvrez le cours d’improvisation à Paris de RUEDUTHEATRE !

Dans la même rubrique

Roumanie : une forte abstention guette les élections européennes


Quelle sécurité aux frontières de l’UE27 ?


Un salaire minimum en Europe ?


CPE : et si l’Europe s’en mêlait ?


Entretien
"Le Comité des Régions doit apprendre à dire non"


Entretien
"Il faut accélerer l’adhésion des pays des Balkans"


La chronique de la semaine
Livre blanc sur la politique de communication européenne : Du beau, du bon, du chemin, encore beaucoup de chemin...


La chronique de la semaine
Adhésion de la Turquie : un veto de la France ?


La chronique de la semaine
La Turquie a-t-elle le bon profil... démographique ?


Editorial
Turquie et Europe : juste pourparler


Entretien
"Il faut accélerer l’adhésion des pays des Balkans"
Par Solenn Paulic (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
23/02/2006 • 21h01
2005 a scellé le rapprochement de l’Union européenne avec les pays des Balkans. La Croatie est attendue en 2009 ; la Serbie, la Bosnie et le Monténégro devraient suivre et la Macédoine est aussi rentrée dans le club des candidats. Mais ce n’est pas pour tout de suite pour ces 4 pays.

"Il faut accélerer l’adhésion des pays des Balkans"

Les freins sont connus : le retard économique de la région et le manque de coopération avec le Tribunal de la Haye pour certains. La Commission Internationale sur les Balkans, chargée en milieu d’année de remettre un rapport sur la situation politique et économique dans ces pays, pense pourtant qu’il faut accélerer l’adhésion et créer dès maintenant les passerelles entre les citoyens de l’UE et des Balkans. En ouvrant notamment davantage les frontières des Etats-membres aux étudiants, artistes, chercheurs et autres jeunes travailleurs issus de ces régions.

> Entretien avec Fabrice de Kerchove, responsable de projet à la Fondation Baudouin et partenaire de la Commission internationale sur les Balkans.

SP : La Commission internationale sur les Balkans, s’est prononcée en mai 2005 en faveur d’une politique de "smart visas" pour les ressortissants des pays des Balkans, c’est à dire pour un assouplissement des conditions d’obtention de visas. Elle dit aussi que sans cela, l’appropriation de l’idée européenne sera difficile auprès des habitants de ces régions. Quels sont les obstacles qu’ils rencontrent ?

L’une de nos découvertes les plus décourageantes a été la très faible mobilité des habitants de ces régions ; entre eux dans un premier temps mais aussi au sein de l’Union européenne. On s’est par exemple aperçu que plus de 70% des étudiants serbes n’avaient jamais quitté leur pays. Et le point noir, d’autant plus avec la candidature européenne de certains pays, est que les Etats-membres ouvrent de moins en moins facilement leurs frontières à ces ressortissants. Les conditions sont particulièrement strictes et ont même tendance à se durcir. Un étudiant Serbe qui veut se rendre en Belgique par exemple doit payer 35 euros pour les formalités de visas, ceci quand son pouvoir d’achat mensuel est d’environ 100 euros. La Belgique a certes un peu assoupli les conditions d’obtention de visas, comme l’attente au guichet qui est moins longue aujourd’hui, mais elles restent globalement très strictes et parfois humiliantes. Cette politique nous semble ouvrir les portes à une certaine forme de corruption. Et c’est justement la corruption et la volonté de se protéger de la criminalité organisée qui freinent les Etats-membres à délivrer les visas aux ressortissants de ces pays. En ne permettant pas suffisamment l’accès à l’Union européenne aux étudiants ou jeunes travailleurs par exemple, on prend le risque d’isoler un peu plus ces pays. On crée en même temps des proies idéales pour les partis nationalistes. Ce qui nous préoccupe c’est donc d’inciter les Etats-membres à revoir leurs critères et à ouvrir plus largement les visas aux étudiants, chercheurs, artistes et jeunes entrepreneurs. On ne réclame biensûr pas la levée des critères mais on souhaite que les Etats-membres assouplissent leur point de vue et analysent mieux les situations sur place, les cas individuels. Dans ces régions, trop peu de jeunes savent ce qu’est l’Europe ; ils ne la connaissent souvent qu’à travers Internet.

Comment ces barrières sont-elles vécues sur place ?

Pour les plus âgés, c’est très dur à vivre. Dans les années 1970, le passeport yougoslave était l’un des plus acceptés. En tant que ressortissants d’un pays non-aligné, les habitants pouvaient aller partout. Pour les 40-50 ans aujourd’hui, la frustration est terrible. Et que dire du flou administratif qui entoure les habitants du Kosovo ? 2006 sera décisif en ce sens avec les négociations sur le statut de la province. On espère que les choses se dérouleront le mieux possible. Une de nos pistes à la Fondation est de travailler sur ce point avec les ONG locales dont l’action consisterait en du monitoring pour l’obtention de visas. Leur travail permettrait de faciliter les démarches de ceux qui veulent partir et de déjouer aussi les pièges de "marchandage de visas". Mais ce n’est qu’une piste...

Ces pays pâtissent-ils toujours d’une mauvaise image ? On les stigmatise encore ?

C’est délicat. Pour la mauvaise image, oui, ils en pâtissent. Le manque de coopération avec le tribunal de la Haye joue sensiblement, même si on a vu que les pays finissaient par coopérer, je pense ici à l’arrestation du Général Gotovina en décembre dernier. Mais ce terme de stigmatisation est à manier avec précaution car il les victimise alors qu’ils ont d’immenses efforts à faire, comme envoyer des signaux clairs de bonne gouvernance et on est encore loin du compte. En terme de mobilité et de transport, par exemple ; il faut 100 heures à un camion de marchandises pour relier le sud de la Serbie et le Kosovo. Pour ces deux pays, on sait qu’il s’échange à l’année un volume de biens à hauteur de 130 millions d’euros. Mais il y en a 80 dont on ne retrouve plus la trace...C’est sans compter l’état des infrastructures et autres tracas pour se déplacer : un Bosniaque qui veut se rendre en avion ou en train en Macédoine doit passer par Zagreb, Vienne et Lubljana ; ces liaisons sont très mal assurées. Il est pourtant nécessaire de faciliter les relations et les déplacements au sein de ces régions. Tout comme d’améliorer les échanges économiques qui ne reposent que sur des accords bi-latéraux. Il faut les multilatéraliser.

Que peut faire l’UE à ce niveau ?

On attend qu’elle y mette en place ce qu’elle fait déjà avec la Turquie : une vraie union douanière. Mais on nous répond souvent que la croissance économique de ces pays est trop faible pour le moment. La Serbie, la Bosnie et le Monténégro ne représentent qu’à peine 10% de la croissance économique européenne ; le Kosovo, moins de 5% même si la Croatie elle est déjà à 40%. On pense aussi que la candidature de la Turquie pèse beaucoup sur la leur et accapare un peu les préoccupations et les perspectives économiques. Il y a 5 fois plus d’investissements là bas.

L’UE et les Etats-membres ne dépenseraient pas assez pour les Balkans ?

C’est difficile de dépenser plus aujourd’hui et on a bien vu que l’élargissement ne soulevait pas l’enthousiasme. Mais l’UE les aide déjà sensiblement. Elle dépense chaque année 500 millions d’euros pour la reconstruction et la stabilisation de la région ; 25 fois plus au Kosovo qu’en Afghanistan. Le problème, c’est qu’ elle ne le fait pas bien. 25 programmes communautaires ont été ouverts en 2003 : des accords de stabilisation, des instruments d’assistance comme les instruments de pré-adhésion, les IPA, mais aussi le SAA et le SAP... Et ces aides n’ont qu’un impact limité. Il faut que l’UE adapte les instruments existants et favorise les investissements étrangers. Ces programmes souffrent d’une trop mauvaise coordination sur place pour être efficaces. Les aides sont mal employées et il faudrait les adapter davantage à l’environnement local. Ces mécanismes doivent être revus rapidement. Et il nous semble clair que ces pays "coûteraient moins cher" à l’Union en en étant membres qu’en restant dans l’assistance qu’elle leur apporte actuellement.

La marche vers l’adhésion est trop lente selon vous ?

Oui. Et c’est bien notre message à la Fondation. Il faut presser le mouvement car si on continue à les laisser à la marge, ils ne se développeront pas dans le bon sens. Il ne faut surtout pas les laisser dans ce fameux "trou noir" ni dans une périphérie qui peut les isoler à nouveau. Les Américains l’ont compris rapidement. On sait qu’ils comptent les intégrer au plus vite dans l’Otan et ils aimeraient bien eux aussi que l’Union soit plus prompte.

Réagir à cet article