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Quels risques énergétiques pour l’UE ?
Par Pierre Verluise (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
10/04/2007 • 17h13
Pierre Verluise est directeur du site www.diploweb.com. Dernier livre : Une nouvelle Europe. Comprendre une révolution géopolitique (Karthala) Les exportations énergétiques sont devenues une arme dans les mains du Kremlin, non seulement vis-à-vis de son « étranger proche » mais encore à l’égard de l’UE. La Biélorussie et l’Ukraine en ont déjà fait directement l’expérience. L’UE, qui se croyait à l’abri, découvre tardivement que de nombreux pays membres sont menacés par les tensions qui peuvent survenir entre la Russie et d’anciennes Républiques soviétiques. En effet, situés en bout de « tuyaux », les pays membres de l’Europe communautaire voient leurs livraisons affectées par les coupures ordonnées par le Kremlin à l’encontre de Minsk ou de Kiev. Les risques d’une dépendance croissante Or , la Russie est le premier pays fournisseur de l’UE pour le pétrole (19,8%) comme pour le gaz (41%). La Slovaquie et la Finlande dépendent à 100% du gaz russe. L’Allemagne importe 44,9% de son gaz de Russie. L’énergie représente les deux tiers des importations communautaires de ce pays. Entre 1999 et 2005, la valeur en euros courant du déficit énergétique de l’UE par rapport à la Russie a été multipliée par quatre. La dépendance énergétique de l’UE à l’égard de la Russie prend donc des proportions inquiétantes. Pour la Russie, il s’agit évidemment d’une bonne affaire, puisque le déficit de Bruxelles - 50,3 milliards d’euros en 2005 - est un excédent commercial pour Moscou. Celui-ci contribue directement ou indirectement à remplir les caisses de l’Etat russe. Ce qui lui permet notamment d’augmenter régulièrement les ressources budgétaires attribuées à la Défense. Les risques d’un marché de dupes Dans le même temps, la Russie utilise toutes les opportunités de l’ouverture à la concurrence du marché de l’énergie pour prendre pied dans de nombreuses entreprises européennes. En revanche, la Russie fait tout pour conserver son contrôle sur les conditions d’extraction et son monopole sur le transit du gaz et du pétrole sur son territoire, même quand il vient des Républiques d’Asie centrale. Elle refuse de signer la Charte de l’énergie et remet en question les contrats de majors européennes, comme Total et BP. Les autorités russes entendent revoir à la hausse les conditions d’accès des entreprises étrangères. Comme le montre le gazoduc nord européen en cours de construction entre la Russie et l’Allemagne, le Kremlin utilise également l’énergie pour diviser entre eux les Etats membres. En effet, les trois Pays baltes et la Pologne sont en désaccord avec ce projet mais l’espoir d’un approvisionnement privilégié l’a emporté à Berlin. Pourtant, si l’accès européen à la production en amont des hydrocarbures russes n’est pas véritablement garanti, l’ouverture du marché européen à la Russie risque d’être un marché de dupes. D’autant qu’à Moscou, des experts et des grands patrons de compagnies énergétiques russes s’interrogent sur le véritable potentiel gazier et pétrolier du pays. Alors que Gazprom investit peu et que les investisseurs étrangers sont tenus à distance, rien ne permet d’affirmer que les quantités nécessaires aux pays membres de l’UE seront disponibles à moyen et long termes. En revanche, les positions cédées aux acteurs russes dans les entreprises de l’espace communautaire resteront acquises. Il serait donc pertinent pour l’UE de se doter d’une véritable stratégie énergétique communautaire, y compris avec la Russie. Pour cela, il devient urgent de renforcer en amont une analyse géopolitique transversale des questions européennes. Si l’échelle nationale garde toute sa pertinence, il convient de la mettre en relation avec une échelle communautaire. Qu’on le veuille ou non, les élargissements de 2004 et 2007 ont redistribué les cartes. Cela est limpide quant aux relations avec la Russie comme avec les Etats-Unis. Les nouveaux Etats membres issus du Bloc de l’Est sont globalement dans une relation de confiance avec les Etats-Unis alors qu’ils conservent des relations le plus souvent tendues avec le Kremlin. Cela ne saurait rester sans incidences sur la Politique étrangère et de sécurité commune.
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