|
Cultures |
Les Européens |
L’Union en marche |
Vivre l’Europe |
Dossiers |
![]() |
|
|||||
|
![]() Téléchargez l'Édition spéciale 9 mai 2005 - version éditée n°1 Notre newsletter Le chiffre 120.000 Bien euro de le savoir Quels risques énergétiques pour l’UE ? Volapük (directive) Bolkestein Le saviez-vous ? Ils étaient cinq --- Publicité --- Savoir communiquer avec la presse Formation media training Suivre l’actu sur le théatre en France et en Europe Improvisation Paris Découvrez le cours d’improvisation à Paris de RUEDUTHEATRE ! |
|||||
|
Dans la même rubrique
Livres de chevet Cultures culinaires en Europe Livres de chevet Football et mondialisation Soirée européenne Apéro-débat : L’art de vivre est-il français ou italien ? Livres de chevet Votre Europe, vous la voulez... Près de chez vous Où sortir cette semaine ? Entretien Cinéma européen ou cinémas européens ? Près de chez vous Où sortir cette semaine ? Salon du livre : les Russes à l’honneur Près de chez vous Où sortir cette semaine ? Entretien Esprit européen, es-tu là ? |
Récit De l’émotion et du monde aux Balkans
Par Grégory Gendre (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
17/06/2004 • 00h00
Comment comprendre réellement ce que représente l’élargissement de l’Union européenne ? Direction Belgrade pour quatre jours et cinq nuits de voyages et 4.000 kilomètres à travers la Slovénie, la Croatie, la Serbie et aussi la Hongrie. Premier pincement au cœur lorsque, aux dernières heures de la première nuit de voyage, nous pénétrons en Slovénie, accueillis par le panneau bleu et jaune célébrant l’Europe. Drôle de symbole pour conscientiser l’élargissement, mais tellement lourd de sens. Idem pour les passeports désormais vierges de tout tampon, nous circulons librement, voire, glissons sur le ruban d’asphalte neuf traversant le pays. Les paysages bucoliques défilent jusqu’à la première « vraie » frontière, celle qui rejoint le voisin croate. Le savant mélange d’anglo-germano-russe rythmant l’échange verbal avec le douanier sent bon le voyage. Nous voilà dehors. Cette notion d’intériorité/extériorité européenne qui nous accompagnera pendant l’ensemble du voyage a pris réellement corps à cet instant. Bye, bye l’Europe. Bonjour la Croatie Nous marquons la première réelle pause à Vukovar. Pourtant si proche, la guerre des Balkans, a soufflé loin des consciences d’une génération de Français. J’étais de ceux-là. Nous arrivons dans la ville meurtrie par le sud en longeant le Danube. Les premiers impacts de balles encore visibles s’étiolent sur les murs des petites maisons en briques de la banlieue. Après quelques nids de poules, nous pénétrons dans la ville où, là, les traces de la guerre n’ont été effacées ni par les hommes ni par le temps. Elles sont partout, de tous calibres et symbolisent la furie du métal. Dans pans entiers de béton sont troués sur toute leur hauteur, dans toute leur largeur. Frappes aveugles et vastes déposées-là comme d’absurdes notes d’une musique folle. Nous ne parlons plus ni ne voulons prendre de photos. Au milieu de ces peintures balafrées, la vie continue et nous assistons, arrêtés à un feu, à la sortie d’un collège. Entre deux murs effondrés, des « ados » réunis en tribus rient, fument, lisent, écoutent de la musique ou se draguent. Etrange image. Au hasard des rues, des bâtiments neufs et symboliques comme la mairie ou l’église incarnent ce renouveau. Reconstruction. Dernière vision, le château d’eau nous salue de sa silhouette éventrée par les obus. Un pont, une frontière, deux pays Les quelques kilomètres nous menant jusqu’à la frontière serbe sont bizarres. Mêlés d’interrogations, de silences, de débats, ils nous mènent au pont qui enjambe le Danube, sépare les deux républiques. Le passage en Serbie est plus lent, plus procédurier. La nuit tombe alors que nous roulons vers Belgrade. Tout, dans le décor, symbolise le fossé économique entre la Serbie et les autres pays traversés : l’état des routes, la silhouette des chiens, la conduite, les voitures elles-mêmes, les constructions agricoles ou la surface trouée du macadam. Belgrade enfin s’offre, de nuit et illuminée, à nos regards. Fenêtre ouverte et carte dépliée, nous roulons et nous perdons dans le dédales des rues tortueuses ouvrant sur les larges avenues urbanistiquement socialistes. Nous retrouvons là des images connues et reconnues de grande ville européenne. Architecture moderne et galeries de magasins s’offrent en spectacle. Resto chics et bazars diverses peuplent les trottoirs. Il fait bon, la foule dehors avance, recule ou s’attend. La musique, partout, éclaire les scènes. En trouvant, enfin, le chemin d’un hôtel nous passons devant les bâtiments publics frappés par les missiles de l’OTAN. Conservés en l’état, ils font maintenant parti du patrimoine de la ville, de son code génétique. Ils sont là, éventrés par les bombes. Vendredi, ici ou là, c’est fête Un vendredi soir, Belgrade ressemble à n’importe quelle ville du monde où la jeunesse veut faire la fête. Les filles sont belles et les garçons souriants. Pour Igor, étudiant de 25 ans en sciences économique et sociales « l’arrivée des PECO pose clairement la question de l’introduction de notre pays ainsi que celle des autres pays balkaniques. L’orientation des gens des Balkans est, je pense, fortement pro européenne. Historiquement, l’ex-Yougoslavie est un des créateurs de la CSCE en 1975 qui deviendra l’OSCE en 1995 et nous avons envie d’entrer dans l’UE parce que notre génération se sent déjà européenne ». Plus critique sur le fonctionnement technique de l’Union, il fustige notamment les lobbys partisans, les intérêts privés et les déboires des politiciens locaux qui « alourdissent et retardent le processus d’adhésion du pays ». Pour lui et comme d’autres jeunes croisés cette nuit-là, la Serbie, après le blocus économique et les bombardements, attend beaucoup de l’Europe tout en s’offrant volontiers à la découverte culturelle de l’étranger. Au fil de la nuit, nous parcourons ces lieux étranges et neufs où se développe l’effervescente création culturelle serbe. Entre musique électronique, exposition et discussions sans fin, nous mesurons, pas à pas, ce que signifie le fait d’avoir été jeune en temps de guerre. Dans les locaux de la radio B92, principal acteur de la chute de Milosevic et aujourd’hui subventionnée par la fondation du financier George Soros, une génération de trentenaires anime la scène culturelle nationale. Mais, à la différence de celle d’Igor, cette classe d’âge préfère ne pas s’appesantir sur le passé ni faire de plan futuriste. Marqués plus directement par les réalités de la guerre, ils ne veulent plus se perdre dans les méandres de la déclaration d’intention. Leur message de fond : la création d’une émission radio réalisée à partir de contenus provenant des pays voisins pour densifier les liens entre des cultures différentes. Petit matin, départ à part Le jour commence à poindre, déjà, lorsque nous partons vers la citadelle de la ville pour admirer le lever de soleil sur le Danube. C’est l’heure des derniers instants, des dernières discussions. Pour Dragana et Jelena en dernière année d’école de traduction de français « l’entrée dans l’UE est inévitable et nécessaire. Voyager librement et travailler partout plus simplement ne peut qu’accroître la prospérité. Notre pays en a besoin mais l’Europe également. Nous voulons profiter de notre jeunesse de la meilleure manière possible pour découvrir toutes ces nouvelles cultures et enrichir mutuellement nos expériences. » La ville encore endormie se réveille doucement et calmement lorsque nous regagnons nos pénates. Musique douce d’un samedi matin quelque part si près et si loin de l’Europe et de ses frontières. Nous laissons Belgrade avant un dernier arrêt à Novi Sad. Et c’est par le sud de la Hongrie que nous « rejoignons » l’UE. Sensations confuses. C’est, peut-être, ce que nous percevions à la frontière Croate. Peut-être sentions-nous simplement le souffle de quelques mots épars glanés au passage. C’est drôle et émouvant de se découvrir, ainsi, dans les yeux d’une jeunesse serbe.
Les mots clés de l'article |
|||||