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Les intellectuels au secours de l’Europe ?
Par François d’Alençon (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
17/12/2003 • 00h00
La capture de Saddam Hussein a éclipsé l’échec du sommet de Bruxelles sans pour autant démentir le diagnostic : l’idée d’une Europe puissance, dotée d’une politique étrangère commune, l’Europe politique est définitivement morte.

Il a suffi d’une alliance de circonstance entre l’Espagne et la Pologne pour faire capoter, sans états d’âme, le projet de Constitution européenne. Qui plus est, la plupart des gouvernements européens, y compris l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France, semblent parfaitement s’en accommoder. La plupart se rejoignent, en réalité, pour soutenir la pratique intergouvernementale en vigueur depuis Maastrich, qui consiste à négocier, au cas par cas et à huis clos, des compromis totalement opaques qui échappent au contrôle de leurs parlements. La plupart ne sont pas mécontents de voir les institutions européennes, la commission et le parlement, entrer dans une longue période de stagnation. Mieux vaut en faire dès maintenant le constat : l’Europe politique ne peut plus avoir l’Union européenne comme point d’appui. A l’avenir, elle remplira sa fonction essentielle d’espace économique et commercial et de source de subventions, elle continuera à être un espace sans frontières, un marché unique, mais sans identité politique.

Une Europe gigogne

A partir ce constat plus ou moins explicite, Jacques Chirac et Dominique de Villepin évoquent la création d’un "groupe pionnier" qui poursuivrait des "coopérations renforçées" sur des questions de défense, de politique étrangère et de gouvernance économique. Les pessimistes s’interrogent sur la volonté politique des dirigeants européens à partager leur souveraineté. Les optimistes citent en exemple la récente décision de se doter d’un embryon d’état-major autonome qui devrait permettre aux pays européens de planifier des actions militaires en dehors de l’Otan et l’adoption d’une "doctrine stratégique de sécurité". Place donc à une Europe gigogne, produit d’alliances ad hoc entre nations, négociées à huis clos, en dehors de tout contrôle parlementaire et loin des citoyens. Le risque est grand de voir se creuser le fossé entre une Commission européenne, réduite à la fabrication de règlements et des citoyens européens travaillés par le populisme, la peur et le repli sur soi.

La renaissance de l’Europe

Dans ce contexte morose, il n’est pas indifférent de voir des intellectuels s’approprier le débat sur l’Europe. Le philosophe allemand Jürgen Habermas a récemment co-signé un appel à la "renaissance de l’Europe" avec son homologue français Jacques Derrida. Pour Jürgen Habermas, il est temps pour les Européens de se préoccuper de la question qui les divise, à savoir celle de la finalité du processus d’unification. L’intellectuel allemand propose une " vision kantienne" de l’Europe, fer de lance du multilatéralisme et d’une réforme de l’Onu. Il pense que la seule proposition réaliste passe par une "coopération plus étroite" entre "les peuples et les états du noyau dur de l’Europe", en l’occurrence les membres fondateurs de la Communauté européenne. On en revient donc au fameux concept d’"avant-garde". Encore faut-il que ce ne soit pas une simple couverture pour revenir au modèle de l’Europe des nations d’autrefois, mélange d’alliances et de contre-alliances. Tout cela mérite un vrai débat. Aux intellectuels européens de l’animer au moment où les politiques préfèrent l’éviter, comme on fuit un sujet qui dérange, sous le fallacieux prétexte de ne pas effaroucher les électeurs.

François d’Alançon est journaliste, grand reporter au quotidien "La Croix", spécialiste des questions internationales.

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